Interview de l'entraîneur Mauro Pini: «Les Jeux détermineront la qualité de notre hiver»
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Interview de l'entraîneur Mauro Pini«Les Jeux détermineront la qualité de notre hiver»

Après avoir emmené l'Espagnole Maria Rienda Contreras puis la Tessinoise Lara Gut au sommet du ski mondial, Mauro Pini a remplacé le Valaisan Patrice Morisod à la tête de l'un des deux groupes de vitesse messieurs de Swiss-Ski. «20 minutes» a profité de la venue de la Coupe du monde en Suisse pour s'entretenir avec cet entraîneur à succès.

par
Marc Fragnière
Adelboden

Mauro, quel bilan intermédiaire personnel tirez-vous?

Je suis très satisfait. Je me trouve dans une équipe qui marche très bien. Il y a un très grand respect entre nous. Cela est primordial. Par ailleurs, les très bons résultats obtenus rapidement ont démontré qu'on avait bien travaillé cet été. Dès lors, cela a pesé positivement sur les relations entre nous. La confiance mutuelle s'en est trouvée grandie.

Succéder à Morisod qui entretenait des relations quasi filiales avec les Didier n'a pas dû être quelque chose d'aisé…

J'ai tout de suite été très bien accueilli par tout le monde et cela a permis de démarrer sur des bases excellentes. La clé de mon intégration a été le respect. Chacun a d'emblée respecté l'autre. Nos relations sont faites d'échanges nombreux. Nous sommes tous des êtres humains. Il nous arrive de prendre des mauvaises options. Mais on parle de tout afin de trouver les meilleures solutions pour que chacun puisse obtenir des résultats optimaux. Il n'y a pas de dictature de ma part et les athlètes sont très réceptifs à mes idées, comme je le suis aux leurs. Le dialogue et l'honnêteté sont au centre de nos relations.

Jusqu'ici vous aviez été au centre de teams individuels féminins (n.d.l.r: Rienda Contreras puis Gut), maintenant vous occupez une position dans une grosse infrastructure nationale et vous travaillez avec des hommes. Quels changements cela implique-t-il?

Sur la neige, le travail effectué avec une fille ou avec un garçon est quasiment le même. On parle toujours de comment négocier les virages et de comment faire pour aller plus vite! Les vraies différences résident dans la capacité de ces hommes à se gérer eux-même. Ce sont des hommes, pas des garçons et ils ont moins besoin que je les chapeaute. Mon travail est surtout celui d'un observateur. J'ai une position un peu plus en retrait qu'avant. Quant à mon positionnement dans l'organigramme de Swiss-Ski, je le vis vraiment bien. J'ai découvert avec plaisir les interactions. J'aime beaucoup le fait de pouvoir discuter avec des collègues, partager des points de vue, évoluer avec eux. Il faut de temps en temps trouver des compromis et argumenter par rapport à ses idées, mais c'est enrichissant. Avant, je prenais mes décisions seul et personne n'était là pour proposer d'autres façons de faire.

Parlons de vos athlètes. Quel regard portez-vous sur les résultats obtenus par vos protégés?

Je suis très satisfait de ce que nous avons réalisé jusqu'ici. D'emblée, j'avais dit que je serais très heureux si on parvenait à obtenir des résultats aussi probants que ceux de la saison dernière. Avec 13 podiums réalisés par divers skieurs, on est bien partis. Evidemment, ce sont les Jeux qui détermineront la qualité de notre hiver. Didier Cuche a ouvert les feux puis Carlo Janka a pris la relève. C'est incroyable ce que Carlo a réalisé à Beaver Creek en s'imposant trois jours de suite dans trois disciplines différentes! Aux Etats-Unis, la 8e place de Didier Défago en géant, alors qu'il revenait de blessure et qu'il n'avait pas bien marché dans la spécialité l'hiver dernier a été également accueillie comme il se devait!

Après ce départ en fanfare, il y a eu le trou de Val d'Isère…

Si on a analyse un peu Val d'Isère, on se rend compte que nos jeunes étaient dans le coup au début, lors du super combiné. Malheureusement la suite a été moins bonne. Cuche s'est blessé et Défago est sorti. On a redressé le tir à Val Gardena et Alta Badia. Là-bas, j'aimerais souligner les résultats exceptionnels qui ont été réalisés par Silvan Zurbriggen. On ne l'attendait pas à ce niveau! A côté de ça, on a une surprise comme Patrick Küng qui dispute sa première saison de Coupe du monde et qui a déjà son ticket pour les JO en poche, c'est formidable!

Oui, et il y a le cas Janka…

Lui, c'est un supertalent! Il est jeune et il fait ses expériences.

Mais les attentes qui reposent sur ses épaules sont très grandes. N'encoure-t-il pas le risque de se brûler les ailes ?

Non, comme les autres jeunes, il a la chance de pouvoir s'abriter derrière les Didier. Il n'est pas vraiment en première ligne et cela lui enlève beaucoup de pression. S'il se rate comme ça a été le cas à Val d'Isère ou Alta Badia, personne ne lui en veut.

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