Syrie - Irak: Les jihadistes célèbrent le «califat» islamique
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Syrie - IrakLes jihadistes célèbrent le «califat» islamique

Des combattants de l'Etat islamique ont défilé dimanche dans la province syrienne de Raqa pour célébrer la proclamation de leur «califat».

Avec cette décision, les jihadistes sunnites affichent leur détermination à étendre leur hégémonie et appellent les musulmans dans le monde à leur prêter allégeance.

Des photos diffusées dimanche par le groupe, qui se faisait jusqu'ici appeler Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), montrent des cortèges de voitures dont les occupants brandissent des armes et des drapeaux noirs, rapporte le service de veille sur internet SITE.

Une carte montrant les zones contrôlées par l'EIIL

L'Irak en morceaux Carte RFI pic.twitter.com/pEEF81Yq6X— Gilles Klein (@GillesKLEIN) June 30, 2014

Le mouvement a également diffusé une vidéo intitulée «Abattre les frontières», montrant la destruction d'un point de passage entre la province syrienne d'Hasssakah et celle de Ninive, en Irak, ainsi que l'exécution de ses occupants, selon le SITE.

«A la communauté des croyants, je dis: 'Nous sommes maintenant en Irak. Allah (...) a abattu ces frontières, les frontières de Sykes-Picot, et les musulmans peuvent désormais entrer en Irak sans passeport'», proclame le commentateur, évoquant les accords franco-britanniques de 1916 sur le démantèlement de l'Empire ottoman.

ATTENTION CERTAINES IMAGES PEUVENT HEURTER LES ÂMES SENSIBLES

Guerre sainte mondiale

Outre la proclamation de ce califat censé unifier le Moyen-Orient de la Méditerranée au golfe arabo-persique, l'Etat islamique a appelé tous les mouvements jihadistes à lui prêter allégeance. Cette proclamation traduit son ambition de mener une guerre sainte mondiale et constitue un défi lancé à Al-Qaïda, qui incarnait jusqu'alors le combat jihadiste et a désavoué l'EIIL lorsque le groupe est intervenu l'an dernier sur le front syrien.

Cette nouvelle donne va sans doute susciter des réactions alarmistes chez les Occidentaux et les pays arabes considérés comme modérés, et provoquer l'ire de la communauté chiite, majoritaire en Irak et chez le voisin iranien.

Elle va rendre encore plus ardue la tâche des forces irakiennes qui tentent de reprendre les régions conquises lors d'une offensive fulgurante lancée le 9 juin par l'EIIL. Elle risque aussi de modifier les frontières existantes.

«D'un point de vue géographique, l'Etat islamique est déjà parfaitement opérationnel en Irak et en Syrie. Il est en outre présent - mais caché - dans le sud de la Turquie, semble avoir établi une présence au Liban, et a des partisans en Jordanie, à Gaza, dans le Sinaï, en Indonésie, en Arabie saoudite, et ailleurs», affirme Charles Lister, chercheur associé à Brookings Doha.

Nouvelle ère pour le jihadisme

Selon lui, l'annonce de ce califat «est le développement le plus important dans le jihad international depuis le 11 Septembre» 2011. «Il pourrait bien s'agir de la naissance d'une ère nouvelle du jihadisme transnational», dit-il en soulignant que l'annonce de la création d'un califat «fait peser une menace considérable sur Al-Qaïda et son rôle de leader de la cause jihadiste mondiale».

A ses yeux, le nouveau «calife» Abou Bakr Al-Baghdadi pourrait désormais ordonner des opérations au-delà des frontières syriennes et irakiennes, «peut-être en Jordanie, ou en Arabie saoudite». Et «on peut s'attendre à une augmentation de la violence en Irak dès aujourd'hui».

Rejet de la démocratie

Le calife désigne depuis la mort du prophète Mahomet son successeur comme «émir des croyants» dans le monde musulman, mais ce régime a disparu avec le démantèlement de l'Empire ottoman.

L'Etat islamique a donné le ton en annonçant le califat. «Musulmans (...) rejetez la démocratie, la laïcité, le nationalisme et les autres ordures de l'Occident. Revenez à votre religion», a lancé son porte-parole Abou Mohammad al-Adnani dans un enregistrement audio.

Au départ, l'EIIL était une émanation de l'Etat islamique en Irak, la branche irakienne d'Al-Qaïda implantée en Irak. Après son engagement dans la guerre en Syrie en 2013 et le refus de la branche syrienne d'Al-Qaïda de fusionner avec lui, le groupe a ouvertement contesté l'autorité du chef d'Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri. (ats)

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