Affaire UBS: Les journaux helvétiques soulagés mais inquiets
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Affaire UBSLes journaux helvétiques soulagés mais inquiets

La presse suisse a accueilli avec un soulagement mêlé d'inquiétude l'accord signé mercredi entre Berne et Washington dans l'affaire UBS.

Beaucoup notent que les Amércains disposent désormais d'un puissants levier pour faire plier d'autres banques suisses.

«Le Temps» affiche un certain scepticisme sur le résultat de l'accord obtenu par la Suisse. Selon lui, l'arrangement passé avec les Américains crée un précédent qui pourrait s'avérer dangereux pour les autres banques helvétiques.

«L'heure de vérité va sonner pour les établissements qui ont fait de l'évasion fiscale leur fonds de commerce», avertit le journal. Le commentateur se demande en outre comment les autorités vont faire pour ne pas reconnaître la culpabilité des anciens dirigeants d'UBS.

«Le Quotidien Jurassien» prône également la prudence. Il relève que le fisc américain sort gagnant de ce bras de fer en obtenant «plus rapidement un moyen de pression pour que les clients qui ont fraudé se dénoncent d'eux-mêmes. Et s'ils ne le font pas, les Etats-Unis sont assurés que 4450 noms leur seront fournis».

Le journal note aussi que cet accord ne va pas contribuer à rétablir la confiance. Il préserve pour la forme le secret bancaire tout en lui portant un nouveau coup sévère». Et rien ne dit que les choses en restent là.

Victoire de façade

«La Tribune de Genève» et «24 Heures» parlent également d'une victoire de façade pour la Suisse. Le quotidien estime qu'en dépit du respect de la procédure juridique, «il y a la défaite d'un symbole», écrit Pierre-Yves Frei. Et de rappeler que «jamais auparavant, une banque helvétique n'avait été contrainte, par le droit ou les pressions politiques, à mettre sur le billot la tête de milliers de ses clients».

Selon les deux quotidiens, cet accord n'est que le nouvel épisode d'une «longue et inexorable érosion» du secret bancaire, alors que la banque a déjà été sommée de remettre des données confidentielles et que la Suisse a abandonné la distinction entre fraude et évasion fiscale.

Pour «L'Impartial», le chemin pour remplir les conditions de l'accord sera dur. «Mais de toute façon, il n'y avait pas d'autre choix», commente François Nussbaum. Le journal neuchâtelois rappelle la brièveté du délai accordé aux Suisses, l'ampleur des données à traiter et surtout la pression du fisc américain qui n'est pas prêt de se relâcher.

L'UBS ne paie pas un sou

«Le Matin» s'irrite lui du fait que l'UBS ne déboursera pas un sou dans cette affaire. «Non, une nouvelle fois c'est l'Etat, et donc les contribuables, qui passe à la caisse», s'indigne Ludovic Rocchi. Il demande au ministre des Finances Hans-Rudolf Merz de corriger cette injustice.

Outre-Sarine, la presse alémanique se fend de quelques commentaires flatteurs pour les trois «managers de crise» qu'auront été les conseillers fédéraux Hans-Rudolf Merz, Micheline Calmy-Rey et Eveline Widmer-Schlumpf.

«Eux ne recevront sans doute aucun bonus pour services rendus», écrit le «Tages Anzeiger». Seul bémol, que le Conseil fédéral ait tardé pour empoigner sérieusement la question de l'évasion fiscale, jusqu'à s'exposer à la pression insupportable des Etats-Unis.

Pour la «Neue Zürcher Zeitung», l'accord n'a de brillant que l'apparence. Car fondamentalement, le cadre juridique suisse a été écorné depuis plusieurs mois déjà et il faut relativiser l'affirmation selon laquelle l'arrangement trouvé avec les USA se base sur l'accord de double imposition.

D'autres pays demandeurs

Le «Blick» exprime quant à lui ses doutes face à Hans-Rudolf Merz assurant que le secret bancaire est garanti. Le journal populaire craint que d'autres pays ne demandent désormais des comptes aux banques suisses sur leurs propres contribuables soupçonnés d'évasion fiscale.

La «Basler Zeitung» estime pour sa part que l'UBS doit payer les 40 millions de francs que coûtera le réglement de cette crise et qu'elle se conforme à l'avenir strictement à la loi.

Autres réactions positives

La décision de la Confédération de vendre sa participation dans UBS a aussi suscité d'autres réactions positives. L'Autorité de surveillance des marchés financiers (FINMA) salue le désengagement et relève qu'UBS dispose aujourd'hui d'une base de capital stable et solide. La Banque nationale suisse (BNS) et UBS accueillent aussi favorablement la nouvelle.

Selon le communiqué du Département fédéral des finances (DFF) publié tard jeudi soir (hier) quelques heures après l'annonce du détail de l'accord extrajudiciaire entre la Suisse et les Etats-Unis, le Conseil fédéral a décidé de mettre fin immédiatement et intégralement à l'engagement de la Confédération dans UBS. Le DFF a chargé un consortium bancaire de placer les 332,2 millions d'actions UBS qui résultent de la conversion de l'emprunt à conversion obligatoire. La Confédération récupère intégralement son investissement initial en réalisant un bénéfice.

La Banque nationale suisse (BNS) salue le désengagement de la Confédération. Le placement des actions résultant de la conversion de l'emprunt souscrit par la Confédération montre que la confiance du marché dans la capacité de résistance d'UBS a continué à progresser.

Selon UBS, la décision du Conseil fédéral montre aussi une reconnaissance du travail d'assainissement de la banque. Le conseil d'administration et le management d'UBS remercient la Confédération, la BNS et la FINMA pour les actions réfléchies et déterminées menées depuis octobre 2008, déclare le président d'UBS et ancien conseiller fédéral Kaspar Villiger, selon un communiqué.

Pour le Parti libéral-radical, il s'agit d'un «succès de taille pour le Conseil fédéral qui a mené ces importantes opérations en 2008 sous la présidence de Pascal Couchepin et en 2009 sous celle de Hans-Rudolf Merz», lit-on dans un communiqué publié jeudi. (ats/ap)

Action en baisse

La décision de la Confédération de vendre sa participation de six milliards de francs au sein de l'UBS a pesé sur les actions de la grande banque sur le marché amércain. Sur le New York Stock Exchange (NYSE), l'action UBS cédait 2,9% après la fermeture de la bourse mercredi soir.

Dans l'après-midi, l'action UBS affichait encore un gain de 1,9% alors que les valeurs du Credit Suisse perdaient 0,2%.

La Confédération n'a communiqué sa décision qu'après la clôture de la bourse américaine et quelques heures après l'annonce d'un accord entre la Suisse et les Etats-Unis sur le litige fiscal de l'UBS. Les actions seront cédées à des investisseurs institutionnels, selon l'UBS, et le placement devrait être achevé jeudi.

Cette transaction touche près de 332 millions d'actions. Le désengagement de la Confédération fait suite, d'une part, à l'augmentation de capital annoncée par UBS le 25 juin. Il découle d'autre part de l'accord extrajudiciaire passé avec les Etats-Unis.

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