Actualisé 10.05.2020 à 14:26

Suisse romande

Les librairies attendent de rouvrir pour respirer

Les librairies pourront rouvrir leurs portes lundi. Comme elles ne bénéficient pas de soutien de Berne via l'aide octroyée à la culture, elles jouent gros.

Les librairies sont prêtes à accueillir leurs clients dès lundi. Mises sous pression par le confinement, elles misent sur le fait que le livre sort grandi de la pandémie.

Du côté des éditeurs, la réouverture des 130 librairies en Suisse romande est une bouffée d'oxygène extrêmement bienvenue, explique Caroline Coutau des Editions Zoe à Genève. «Je l'attendais avec impatience même si les premières semaines seront difficiles pour les éditeurs, car les libraires, anémiés, nous renverront les invendus en masse pour retrouver un peu de trésorerie afin de pouvoir nous acheter les livres de la rentrée littéraire.»

En effet, dans l'économie du livre, l'éditeur rembourse au libraire les livres qu'il lui renvoie. «Nous allons tous devoir nous accrocher», a-t-elle relevé.

Livres «sacrifiés»

L'enseigne Payot semble vouloir donner une chance à tous ces livres «sacrifiés», parus pendant le lockdown. «On va tâcher de leur donner un peu d'air, une chance de trouver un public», souligne Pascal Vandenberghe, qui ouvre tous ses magasins lundi en Suisse romande, y compris un nouveau à Sierre.

«Les nouveautés ne vont pas arriver tout de suite. Les éditeurs ont dû revoir leur programme de parution de manière assez complète. A priori on ne devrait les recevoir qu'à partir de la fin mai», a poursuivi le Belge d'origine.

D'autres rayons, comme ceux des guides de voyage, vont évidemment changer du tout au tout. «Comme on a bien compris que cet été tous les Suisses allaient rester ici, on ne va pas forcément mettre en avant des destinations comme la Thaïlande ou le Japon.»

Difficile d'anticiper

La librairie du Boulevard à Genève est aussi prête pour lundi. «On va ouvrir selon les horaires habituels, mais sans savoir combien de clients vont venir. Il y aura sans doute des réajustements à faire par la suite. C'est difficile à anticiper: on n'a aucune visibilité sur ce qui va se passer», avance Frédéric, l'un des six membres du collectif.

Car les librairies, qui ne bénéficient pas de soutien de Berne via l'aide octroyée à la culture, jouent gros. A la question de savoir si Payot est menacé par les pertes subies pendant la fermeture, Pascal Vandenberghe répond: «Difficile à dire: ce qui sera déterminant, c'est le temps nécessaire pour revenir à une activité 'normale'.»

Pour Payot, qui compte 18 baux commerciaux (13 pour Payot Libraire et 5 pour Nature & Découvertes), le prix des locations joue un rôle non négligeable. L'enseigne a pu trouver un accord avec certains de ses bailleurs, mais pas avec tous. Pascal Vandenberghe ne sait pas quelle sera la facture finale des loyers à payer pour les principales librairies à Lausanne et Genève Rive Gauche: «ceci aura un impact financier important.»

Pour se rassurer, les libraires s'appuient sur le fait que le livre sort grandi de la pandémie. «Beaucoup de gens sont revenus au livre, car on ne peut pas non plus passer toute la journée devant Netflix», a poursuivi le patron de Payot.

Du coup cet objet a retrouvé du sens pour des personnes qui l'avaient un peu abandonné: «le jour avant la fermeture des magasins, c'était comme un samedi avant Noël». Les petites librairies estiment aussi avoir bénéficié du lockdown dans une certaine mesure.

«Nous avons profité d'une plus grande visibilité, grâce au débat sur le fait que le livre est un produit essentiel», estime Véronique Rossier de la Librairie nouvelles pages à Genève. Et aussi qu'Amazon ait dû boucler ses entrepôts en France. Même constat à la librairie du Boulevard, qui a gagné de nouveaux clients avec la fermeture momentanée de Payot en ligne.

La fin du tout écran

Si la vente en ligne ne va pas disparaître avec la réouverture des magasins, la fin du tout écran est un soulagement. «Une relation purement par internet, c'est très difficile pour nous. Je trouve que c'est très fatigant la relation à l'écran», a relevé Frédéric. "La notion de télétravail dans le commerce de détail est compliquée, je ne vois pas un libraire travailler depuis chez lui, a dit Pascal Vandenberghe.

Si les clients sont attendus avec impatience, cette reprise aura comme dans d'autres commerces une saveur étrange. Les amateurs de lecture ne pourront plus passer autant de temps à déambuler entre les rayons. Les salons de lecture et autres sièges seront en général inaccessibles. Pour ceux qui n'oseraient pas entrer dans les magasins, plusieurs enseignes prévoient d'installer un système de retrait à l'extérieur.' (nxp/ats)

(NewsXpress)
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