Prix du livre: «Les livres ne sont ni des baskets ni des savonnettes»
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Prix du livre«Les livres ne sont ni des baskets ni des savonnettes»

Le livre a besoin d'être protégé. Fort de cet avis, le Conseil des Etats a accepté mercredi, par 23 voix contre 15, de légiférer.

Sa commission, qui proposait de ne pas entrer en matière sur le projet de prix unique concocté par le National, doit remettre l'ouvrage sur le métier.

La majorité s'est ralliée à l'idée que «les livres ne sont ni des baskets ni des savonnettes». La production littéraire constitue «un vecteur culturel et identitaire.»

Or, sans protection, les petites librairies sont menacées car elles ne peuvent pas lutter avec les mêmes armes que les grandes surfaces. Ces vingt dernières années, près de la moitié des magasins de livres ont fermé en Suisse romande, davantage qu'en Suisse alémanique, a relevé Helen Leumann (PLR/LU).

Didier Berberat (PS/NE) a abondé dans ce sens, s'inquiétant par ailleurs pour la diversité de l'offre. Les grandes enseignes ont un intérêt économique à privilégier les best-sellers plutôt que des auteurs confidentiels, a-t-il averti. Les représentants des régions périphériques comme Jean-René Fournier (PDC/VS) ou Theo Maissen (PDC/ GR) craignaient en outre que le choix en termes de points de vente se réduise comme peau de chagrin dans ces régions.

Liberté économique

Analyse diamétralement différente du côté de la minorité. Le prix unique du livre ne permettrait pas d'atteindre les buts culturels voulus. Une telle législation est d'autant plus inutile que, selon elle, l'abandon depuis 2007 du prix réglementé en Suisse alémanique n'a pas eu d'effet négatif.

La Suisse romande n'a jamais connu ce genre de restrictions. La liberté en matière de tarifs dont disposent les distributeurs et les revendeurs n'a pas empêché la production littéraire de continuer d'augmenter dans cette zone linguistique. Quelque 300'000 titres y sont disponibles, soit un titre pour 4,9 Romands, un taux analogue à celui valable pour les Alémaniques, a fait valoir Hannes Germann (UDC/SH), sans succès.

Livres importés plus chers

La mouture approuvée fin mai par le Conseil national prévoit que l'éditeur ou l'importateur fixerait le prix de vente d'un livre. En cas d'importation, le prix pourrait osciller dans une fourchette allant de 100% à 120% de celui pratiqué dans le pays d'édition.

Cette possibilité de majoration a suscité l'incompréhension d'une partie de la Chambre des cantons. Les consommateurs n'y gagneront rien au final, a prédit Eugen David (PDC/SG). Même son de cloche du côté du Conseil fédéral, opposé au projet. Un éditeur suisse ne pourra pas non plus profiter de cet instrument, a insisté la ministre de l'économie Doris Leuthard.

Boom de l'E-commerce

Autre grief: la nouvelle loi projetée ne concerne pas les achats faits à l'étranger via Internet, alors que le commerce en ligne est en plein essor. «La branche du livre n'est pas menacée, mais les structures sont en train de changer», a souligné Bruno Frick (PDC/ SZ).

Les partisans du projet ont admis que celui-ci n'était pas parfait, en particulier en ce qui concerne Internet et ses développements. Mais la solution pour l'améliorer est d'en discuter, et non pas de l'enterrer, a plaidé Géraldine Savary (PS/VD), rappelant que tous les acteurs du milieu du livre sont favorables au compromis et qu'il ne coûtera rien à la Confédération.

La question du prix unique du livre est un serpent de mer politique: elle a déjà été examinée sept fois, sans jamais aboutir jusqu'ici. La loi en discussion concrétise une initiative parlementaire de l'ancien conseiller national Jean-Philippe Maitre (PDC/GE).

Dans la foulée, le Conseil des Etats a accepté une motion demandant un rapport et des propositions afin de promouvoir les auteurs suisses de livres. (ats)

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