Sports à risque: «Les lois ne réduisent pas le nombre d'accidents»
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Sports à risque«Les lois ne réduisent pas le nombre d'accidents»

Les sports à risque tels que le canyoning, le rafting et le saut à l'élastique ne seront probablement pas réglementés au niveau fédéral. Le gouvernement estime que la branche a fait des progrès considérables pour s'autoréguler. 20 minutes online fait le point avec le responsable d'une société fribourgeoise qui propose de telles activités.

par
Catherine Muller

Après l'accident de canyoning qui avait fait 21 morts dans l'Oberland bernois en 1999, plusieurs voix s'étaient élevées à Berne pour réclamer une législation fédérale relatives aux normes de sécurité et aux questions de responsabilité. Pour le Conseil fédéral, qui s'est exprimé mercredi, l'autorégulation de la branche fonctionne de manière entièrement satisfaisante dans toute la Suisse. Responsable administratif de «Gruyère Escapade» (société spécialisée notamment dans le canyoning et le rafting), Pascal Romanens répond à 20 minutes online.

20 minutes online. Pour vous, une loi fédérale aurait-elle été utile?

Pascal Romanens. Il est difficile de savoir s'il existe des moutons noirs dans notre branche, mais ce n'est pas une loi qui va régler le problème. En comparaison, le fait d'être obligé de posséder un permis de conduire et d'immatriculer son véhicule n'empêche personne de rouler à 180 km/h. Faire une loi, c'est une chose, mais ça ne supprimera pas les accidents, c'est une évidence. En revanche, une loi permettrait de mieux définir les responsabilités. J'ai d'ailleurs parfois l'impression qu'on cherche plus à savoir qui est responsable qu'à vouloir éviter l'accident...

De quelle façon la branche est-elle aujourd'hui autorégulée?

Tout d'abord, il faut savoir que les assurances deviennent très frileuses avec ce genre d'activités. Elles exigent donc des sociétés qu'elles possèdent un label, comme celui délivré par la fondation «Safety in adventures» (ndlr: fondation crée en 2003 à l'initiative du canton de Berne). Si, formellement, le label n'est pas obligatoire, il l'est indirectement du fait que les assurances le demandent pour entrer en matière.

Dans la pratique, comment garantissez-vous la sécurité de vos clients, par exemple lors d'une sortie en canyoning?

Pour nos guides, le parcours qu'ils empruntent n'est pas, à proprement parler, un terrain d'aventure, étant donné qu'ils doivent respecter un protocole. Ils savent d'avance où ils vont passer, à quel endroit ils vont effectuer un saut. Pour les guides, le parcours est déterminé à l'avance. Bien sûr, les clients n'en ont pas connaissance, pour qu'ils puissent garder le sentiment de liberté.

Trouve-t-on beaucoup de «têtes brûlées» parmi vos clients, des personnes qui n'ont pas vraiment conscience des risques potentiels?

Si vous aller sur notre site internet, vous verrez qu'on essaie d'être le plus précis possible sur les activités qu'on proposent. On y trouve une vidéo du parcours, un descriptif, mais aussi les conditions de participation et un test d'aptitudes physiques. De ce fait, on se retrouve très rarement face à des personnes qui n'ont pas le niveau. Dès le premier contact, le client est en quelque sorte filtré. La sécurité commence déjà à ce stade là.

L'équilibre entre assurer la sécurité du client et quand même lui donner de l'adrénaline est-il parfois difficile à trouver?

De mon point de vue, une sortie idéale est une sortie où le client vous dit au retour qu'il aurait peut-être aimé un peu plus de frissons. Et non pas qu'il vous dise qu'il est content d'être encore en vie! D'ailleurs, le discours que je tiens à mes guides est le suivant: mieux vaut une bonne attitude que beaucoup d'aptitudes. Je préfère engager un guide un peu moins performant, mais conscient des risques, et surtout qui puisse se mettre à la place du client. Un bon guide, ce n'est pas un champion de canyoning, qui pense que tout le monde possède son niveau. Même s'il sera capable de se sortir d'un mauvais pas, je préfère quelqu'un qui ne se met pas en mauvaise posture.

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