Grande-Bretagne: Les Londoniens sont invités à faire tombe commune
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Grande-BretagneLes Londoniens sont invités à faire tombe commune

Avec ses huit millions d'habitants, Londres est déjà très peuplée, mais c'est encore bien pire en sous-sol.

Faute de place pour enterrer les morts, le plus grand cimetière de la capitale essaie donc de persuader les Londoniens de partager leur tombe, et l'éternité, avec des inconnus.

«Beaucoup de gens disent, 'Je ne vais pas mettre mon père dans une tombe d'occasion'. On se heurte à cette façon de voir», explique Gary Burks, directeur et officier de l'état-civil du Cimetière de la Ville de Londres, dernière demeure de près d'un million de Londoniens.

Ce problème est très britannique. Dans beaucoup d'autres pays européens, les tombes sont réutilisées au bout de quelques décennies. Ce n'est pas le cas de la Grande-Bretagne, héritière de l'obsession victorienne de l'hygiène et d'une tradition nationale. Pour beaucoup de Britanniques, une tombe, c'est sacré.

Cette façon de voir est très courante aussi aux Etats-Unis, où l'on a tendance à considérer les tombes comme éternelles et intouchables, mais dans ce pays le problème est moins aigu qu'au Royaume-Uni car l'espace y est moins compté.

Dans la majeure partie de la Grande-Bretagne, il est toujours illégal de réutiliser de vieilles tombes. Mais le cimetière de la Ville de Londres exploite une lacune juridique qui permet de récupérer au bout de 75 ans les tombes de la capitale dans lesquelles il reste de la place. On peut ainsi voir des pierres tombales gravées des deux côtés.

Depuis l'an dernier, en vertu d'une modification de la loi, le personnel du cimetière s'est lancé dans une opération encore plus sensible: il exhume les dépouilles de vieilles tombes et les renterre plus profondément afin de placer de nouveaux corps au-dessus. Les Londoniens ont aussitôt trouvé un surnom pour cette pratique: les tombes à impériale, à l'image des célèbres bus à deux étages.

Le prix est le même que pour une tombe ordinaire recouverte de gazon, soit environ 1.950 livres sterling (2.170 euros). Pour l'instant, aucun autre cimetière du pays n'ose proposer la partage de tombes, inimaginable pour bon nombre de Britanniques.

«Je ne veux même pas penser à cela», confie Temi Oshinowo, 29 ans, concierge à Londres. «Ce n'est pas respectueux. Peu importe que la personne ait été enterrée il y a 25 ou 100 ans, c'est son espace et il faut faire preuve de respect à son égard.» Martina Possedoni, une vendeuse de 23 ans, est d'accord. «C'est comme une deuxième maison. C'est bizarre de penser qu'un étranger est chez vous avec vous», observe-t-elle.

Les partisans d'un partage des tombes ne sont pas de cet avis. Pour Julie Rugg, qui travaille pour le Groupe de recherche sur les cimetières de l'Université de York (nord de l'Angleterre), le problème de la Grande-Bretagne, c'est que «nous n'avons pas été envahis par Napoléon». Les pays qui ont adopté le code Napoléon réutilisent des tombes depuis près de 200 ans. «Nous devons juste nous entendre pour réutiliser des tombes», remarque Julie Rugg.

Ile très peuplée, la Grande-Bretagne est confrontée depuis bien longtemps au manque de place pour les défunts. Londres, habitée depuis 2.000 ans, voit se superposer comme dans un mille-feuille les morts de l'ère romaine, puis saxonne, médiévale et enfin victorienne.

Depuis un siècle, la crémation a été encouragée par les autorités, parce que c'est propre, cela prend peu de place et que c'est beaucoup moins cher. Dans le cimetière de la Ville de Londres, le premier prix pour une crémation est quatre fois moindre que le premier prix pour une tombe d'un adulte. Résultat: la Grande-Bretagne possède l'un des taux de crémation les plus élevés du monde, près des trois quarts de la population choisissant d'être incinérée plutôt qu'enterrée.

Le cimetière de la Ville de Londres procède ainsi chaque année à 1.000 enterrements et 2.500 crémations. Pour Gary Burks, qui a commencé à travailler là comme fossoyeur il y a près de 25 ans, la réutilisation des tombes permettra de gagner six ou sept ans, avant que le cimetière ne se trouve à nouveau à court d'espace. (ap)

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