Les véganes veulent que le prix de la viande augmente

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Climat et bien-être animal«Les mangeurs de viande doivent se remettre en question»

Un sondage montre que la population suisse est toujours très adepte de viande. Bien-être animal et climat en pâtissent et des associations veulent que les prix soient revus à la hausse.

par
Claudia Blumer
Yannick Weber
La viande bon marché produite à l’étranger casse la concurrence de la viande plus durable produite en Suisse.

La viande bon marché produite à l’étranger casse la concurrence de la viande plus durable produite en Suisse.

20min/Simon Glauser

«Chaque année, plus de 64 milliards d’animaux terrestres et 1000 milliards d’animaux marins sont tués pour notre consommation.» Le rappel est donné ce lundi par l’association PEA – Pour l’égalité animale à l’occasion de la journée mondiale du véganisme. La date concorde avec l’ouverture à Glasgow de la COP26, présenté parfois comme une «dernière chance» pour sauver la planète.

Pas touche au portemonnaie

Elle coïncide aussi avec la parution des résultats d’un sondage «20 minutes/Tamedia» qui indique que 13% des Suisses mangent de la viande tous les jours et 56% plusieurs fois par semaine. Autre résultat: 39% des sondés répondent «rien» à la question du montant supplémentaire qu’ils seraient prêts à payer pour de la viande si cela contribuait à la protection du climat. Pour le reste, les montants qu’ils sont disposés à ajouter sont faibles.

La viande bio a de la peine

L’interprofession suisse Proviande a aussi mené ses propres enquêtes et arrive à la même conclusion: les Suisses ne sont pas prêts à mettre la main au portemonnaie pour la viande. Elle constate notamment que la demande pour la viande bio est en stagnation. «Elle doit même souvent être vendue en dessous de sa valeur», dit la porte-parole Regula Kennel. Elle craint que si les prix partaient à la hausse comme l’exigent certains, la population ne se tourne encore plus vers de la viande importée à bas coûts depuis les pays voisins ou plus lointains.

Certaines associations et politiciens veulent que cela change. «Si je peux acheter du poulet à moins d’un franc les 100 grammes alors qu’il y a un être vivant derrière, c’est qu’il y a un problème, estime la conseillère nationale Meret Schneider (Verts/ZH). Agonie du poulet, coûts environnementaux, souffrance de l’agriculteur qui ne peut vivre décemment avec ces prix, tout ça n’est pas pris en compte.»

Concurrence impossible

Une différence est faite entre la viande importée, meilleur marché, et la viande suisse, qui a des standards de production plus élevés. Heinz Lienhard, président de l’association Protection suisse des animaux (PSA) veut améliorer la transparence, avec par exemple un étiquetage qui indique clairement si la viande a été produite dans des conditions bien inférieures à celles de la viande durable. «C’est aussi aux mangeurs de viande de se remettre en question», exhorte-t-il.

Malgré les réticences de la population affichées dans le sondage, les défenseurs des animaux plaident toujours pour une augmentation du prix. «L’État et les acteurs du marché ne prennent pas suffisamment leurs responsabilités. La viande standard est proposée à des prix trop faibles, ce qui créé des écarts trop importants avec la viande plus durable», dit encore PSA.

Consommation stagnante

En Suisse, la consommation de viande reste stable, ou baisse parfois légèrement, depuis une vingtaine d’années après une baisse sensible dans les années 90: les nouveaux produits de substitution et l’intérêt pour le véganisme n’ont pas continué à tirer la demande totale vers le bas. Selon les chiffres de Proviande, la consommation est légèrement inférieure à la moyenne européenne (qui augmente), bien plus faible que celle du continent américain et océanique, qui augmente aussi, mais largement plus élevée que celle en Asie, en Afrique, ou que la moyenne mondiale. En 1987, les Suisses consommaient en moyenne 61,69 kilos de viande par année et par personne. Ces dernières années, on oscille autour de 50 (49,96 kilos en 2020). La consommation de porc et de veau diminue, celle de boeuf reste stable, celle de volaille augmente.

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