Etats-Unis - Les manifestations forcent Joe Biden à se saisir du dossier cubain
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États-UnisLes manifestations forcent Joe Biden à se saisir du dossier cubain

Alors que la situation semblait plus calme, lundi, à Cuba, le mouvement de colère lancé dimanche va contraindre le président américain, Joe Biden, à se pencher sur le cas cubain.

Au lendemain de manifestations historiques, la police et l’armée ont renforcé leur présence dans les rues de La Havane.

Au lendemain de manifestations historiques, la police et l’armée ont renforcé leur présence dans les rues de La Havane.

AFP

Les manifestations historiques à Cuba forcent le président américain, Joe Biden, à s’emparer d’un dossier qui n’était «pas une priorité», mais pourrait éloigner, selon les experts, la perspective d’un allégement rapide des sanctions des États-Unis.

Joe Biden a appelé, lundi, «le régime cubain à entendre son peuple» et son «appel vibrant à la liberté», au lendemain de rassemblements inédits de milliers de personnes qui réclament la fin de «la dictature».

«Asphyxie économique»

Il n’a en revanche rien dit des sanctions américaines, bien que le président cubain, Miguel Diaz-Canel, évoquant une «asphyxie économique», leur ait imputé les «troubles sociaux» en cours sur l’île.

Les États-Unis imposent, depuis 1962, un strict embargo économique et financier au régime castriste. Le président démocrate Barack Obama avait, à la fin de son mandat, entamé une normalisation des relations, rapidement balayée par son successeur républicain, Donald Trump.

Réévaluation

À son arrivée à la Maison-Blanche, Joe Biden, qui fut le vice-président de Barack Obama, avait ordonné une réévaluation de cette politique. La porte-parole de l’exécutif, Jen Psaki, avait toutefois admis, en mars, que la question cubaine n’était «pas à l’heure actuelle une des priorités du président Biden».

D’autres sujets, à commencer par les flux migratoires depuis l’Amérique centrale, ont retenu l’attention immédiate du nouveau président, souligne Ryan Berg, spécialiste de l’Amérique latine au Center for Strategic and International Studies.

Le sujet de l’immigration «a naturellement pris le pas sur un pays qui est figé dans le temps depuis plus de soixante ans, explique-t-il. C’est dur de faire bouger quoi que ce soit à Cuba, et on a essayé de nombreuses choses.»

Difficile de s’ouvrir

Pour cet expert, les manifestations pourraient toutefois forcer le gouvernement démocrate «à finir son évaluation et, au moins, l’empêcher d’ignorer Cuba». «En même temps, ça risque d’être difficile de s’ouvrir à un gouvernement qui envoie la police antiémeutes pour réprimer une contestation apparemment spontanée», relève-t-il.

Depuis dimanche, les Républicains, qui soutiennent une ligne dure envers le régime castriste, réclament une réponse ferme face à la répression des manifestants.

Ton mesuré

Le sénateur républicain Marco Rubio a jugé «scandaleuse» la première réaction de l’administration démocrate: un tweet d’une diplomate imputant les manifestations à la hausse des cas de Covid-19 sur l’île. «Joe Biden doit s’opposer au régime communiste, sinon l’histoire s’en rappellera», a renchéri, lundi, l’ex-président Trump.

Mais Joe Biden, comme l’avait fait Barack Obama au moment de la répression de la contestation en Iran, en 2009, a adopté un ton mesuré, soucieux de ne pas alimenter la rhétorique du régime castriste, prompt à accuser les États-Unis de fomenter la crise. Blâmer les États-Unis est «une grave erreur», a juste rétorqué son chef de la diplomatie, Antony Blinken.

Restrictions levées?

Pendant sa campagne, Joe Biden avait évoqué l’idée de lever les restrictions sur les voyages de touristes américains vers l’île des Antilles, située à 145 km de la Floride, et les transferts de fonds entre particuliers.

Son gouvernement n’a pas encore donné suite et n’a rien dit de l’inscription de Cuba sur la liste noire des États soutenant le terrorisme, décidée à la dernière minute par l’administration Trump et synonyme de lourdes sanctions.

Exilés très anticastristes

Le dossier est plombé par des considérations de politique intérieure: les Américains d’origine cubaine, très majoritairement anticastristes et fermement opposés à toute levée des sanctions, représentent un électorat décisif dans l’État-clé de Floride, conservé par Donald Trump en novembre 2020.

De plus, les Démocrates n’ont qu’une courte majorité au Congrès et l’influent chef de la commission sénatoriale des Affaires étrangères, Bob Menendez, est d’origine cubaine et tenant d’une ligne plus dure que les autres Démocrates envers le régime castriste.

Pas comme en 2016

Dans ce contexte, John Kavulich, président du Conseil économique et commercial entre les États-Unis et Cuba, pense que les manifestations vont forcer Joe Biden à terminer l’évaluation lancée en janvier, mais ne croit pas possible de revenir à la situation de 2016.

Pour lui, «chaque micron de la politique des États-Unis envers la République de Cuba est vu par l’administration Biden au travers d’un microscope politique: obtenir les lois, les nominations, le budget, le plan d’infrastructures et les autres mesures à son agenda législatif pour 2021, puis préparer les élections de 2022 et 2024».

«À bas le communisme», scandent aussi les Américains d’origine cubaine

Criant «Viva Cuba Libre», des milliers d’Américains d’origine cubaine sont descendus dans les rues de Miami et Washington en soutien aux manifestations historiques contre le régime castriste, dont ils espèrent qu’elles mèneront à sa chute.

(AFP)

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