Crise financière: Les marchés d'Asie rechutent lourdement
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Crise financièreLes marchés d'Asie rechutent lourdement

Les marchés asiatiques rechutaient mercredi, dans le sillage de Wall Street, victimes de mauvais résultats d'entreprises et d'un renforcement du yen face au dollar, tandis que l'euro accélérait sa chute face au billet vert en raison des mauvaises perspectives économiques en Europe.

A la Bourse de Tokyo, le Nikkei s'est effondré de 6,79% à la clôture, après trois séances consécutives de forte hausse, tiré vers le bas par l'appréciation galopante du yen face au dollar, qui pénalise lourdement les exportateurs nippons.

Le billet vert est repassé mercredi sous le seuil des 100 yens, et la devise japonaise s'appréciait également fortement face à l'euro.

La monnaie unique européenne, handicapée par un horizon économique morose sur le vieux continent, est passée de son côté sous la barre des 1,3 dollar. Depuis son sommet historique à 1,6038 dollar pour un euro du 15 juillet, l'euro a perdu plus de 20% de sa valeur.

La plupart des places d'Asie étaient en forte baisse dans le sillage de Tokyo. Vers 06H00 GMT, Hong Kong perdait 2,86%, Shanghai 2,29%, Séoul 7,4%, Sydney 3,40%, Singapour 3,57%, Bombay 3,59% et Taipei 1,62%.

La Bourse de New York a fini en forte baisse mardi, pénalisée par les valeurs technologiques après une série de déclarations d'entreprises très prudentes sur leurs perspectives: le Dow Jones a cédé 2,50% et le Nasdaq 4,14%.

Dans l'ensemble, sur les 49 sociétés américaines qui ont fourni des prévisions de résultats entre lundi soir et mardi, 45% étaient négatives, 30% conformes aux attentes, 21% mitigées et seulement 3% positives, selon un recensement du site d'informations financières Briefing.com.

Apple, qui a publié ses résultats après la clôture de Wall Street, a annoncé une forte poussée de ses résultats mais s'est contenté lui aussi de prévisions prudentes, évoquant la «mauvaise visibilité» de la situation économique.

Très touché par la chute de la demande, le constructeur américain General Motors pourrait étendre ses mesures de chômage technique à toutes ses usines européennes. Sur l'ensemble de ses sites européens, GM veut baisser sa production de 40.000 véhicules d'ici la fin 2008.

Au Japon, où la saison des résultats démarre la semaine prochaine, le moral des investisseurs a été douché par un article du quotidien Nikkei selon lequel Mitsubishi UFJ Financial Group, le géant bancaire qui a récemment racheté 21% de la banque d'affaires américaine Morgan Stanley, allait complètement rater ses objectifs de bénéfices pour le premier semestre 2008-2009.

«Cet article a déclenché des ventes, car la banque était considérée comme une valeur sûre dans la tourmente», a commenté Kazuhiro Takashi, analyste chez Daiwa Securities SMBC.

Toujours selon le quotidien Nikkei, les ventes de la marque automobile Toyota sont attendues en baisse pour la première fois depuis dix ans, à cause de la chute du marché américain.

En Chine, le gouvernement a décidé d'assainir la Agricultural Bank of China (ABC), une des quatre grandes banques commerciales d'Etat, avant une éventuelle introduction en Bourse. Et il pourrait y injecter 19 milliards de dollars.

En Corée du Sud, le groupe Samsung Electronics a retiré son offre de rachat de l'américain SanDisk, estimant que le fabricant de cartes mémoires ne valait plus les 5,8 milliards de dollars proposés en septembre.

Entre Asie et Amérique, la crise mobilise au plus haut niveau. Les présidents chinois et américain Hu Jintao et George W. Bush se sont entretenus mardi soir, par téléphone, de la crise financière et des sommets mondiaux à venir, selon l'agence Chine Nouvelle, qui n'a pas révélé la teneur de cette discussion.

Alors que Washington met le cap sur un nouveau plan de relance, après un premier plan de 168 milliards de dollars au printemps, les pays de l'Union européenne continuent eux à annoncer, en ordre dispersé, de timides mesures de soutien de leurs économies fragilisées.

En France, le gouvernement va injecter 10,5 milliards d'euros dans les six plus grandes banques privées.

En Allemagne, la banque régionale BayernLB, en grande difficulté, va demander une aide financière de l'Etat à hauteur de 5,4 milliards d'euros. Elle devient la première banque du pays à faire usage du plan de soutien au secteur, d'un volume de 480 milliards d'euros.

Le gouvernement est prêt à lancer un nouveau programme pour faciliter l'accès au crédit des entreprises et éviter une contagion de la crise financière à l'économie réelle, selon la presse allemande.

Au Royaume-Uni, le gouvernement a dévoilé un plan pour aider les petites et moyennes entreprises alors que le moral des industriels n'arrête pas de se dégrader. Il envisage aussi d'augmenter ses dépenses publiques et de les recentrer sur le logement et l'énergie.

La confiance est cependant revenue peu à peu sur le marché interbancaire qui a continué à se détendre sous l'impulsion des actions conjuguées des gouvernements et des banques centrales.

Le prix du pétrole, reparti vers le bas grâce à la baisse de la consommation, pourrait également faciliter un rebond de la croissance. Dans les échanges matinaux en Asie, le prix du baril de «light sweet crude» est retombé vers les 71 dollars alors que le Brent a rechuté sous les 69 dollars.

Inquiets des conséquences de la crise, les grands argentiers des six monarchies arabes du Golfe ont décidé de se réunir samedi à Ryad, au lendemain d'un sommet de l'Opep à Vienne. (afp)

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