Economie: «Les matières premières ont vu leurs prix bondir»
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Economie«Les matières premières ont vu leurs prix bondir»

Quelques mois après la chute de la valeur des métaux industriels, ceux-ci retrouvent une santé de fer. Mais cela va-t-il durer? Les spécialistes sont divisés.

La valeur du cuivre a plus que doublé depuis mars 2020 (photo d’illustration).

La valeur du cuivre a plus que doublé depuis mars 2020 (photo d’illustration).

AFP

Appétit chinois, transition énergétique ou encore plans de relance dopent les cours des métaux depuis quelques mois après leur dégringolade au début de la pandémie, et les investisseurs s’interrogent: s’agit-il de facteurs conjoncturels ou d’une tendance de fond, amorce d’un «supercycle»?

«Les matières premières ont vu leurs prix bondir au cours des six derniers mois», constate Ian Hui, analyste de la banque américaine JP Morgan. C’est par exemple le cas du cuivre, par ailleurs connu pour refléter l’état de santé de l’économie mondiale, d’où son surnom de Docteur Cuivre (Dr Copper).

Si la tonne de métal rouge cotée au London Metal Exchange (LME) atteignait le 19 mars 2020 4371 dollars – son prix le plus bas en quatre ans –, elle a plus que doublé depuis, autour de 9000 dollars, et flirtait il y a un mois avec son plus haut historique de 2011, juste au-dessus des 10’000 dollars.

L’étain et le zinc cotés aussi à Londres ont vu leur prix presque doubler en un an. Dans une moindre mesure, ceux de l’aluminium et du plomb ont connu des hausses de l’ordre de 50%.

Facteurs multiples de rebond

La bonne santé économique de la Chine, berceau de la pandémie de Covid-19 mais seule grande économie mondiale à afficher l’an dernier une croissance de son produit intérieur brut (+2,3%), encourage la demande physique pour ces métaux de base.

A titre d’exemple, le géant asiatique achète pas moins de la moitié du cuivre extrait chaque année et cette embellie ne montre pas pour l’instant de signe de fatigue. Phénomène plus récent, les politiques axées sur la transition énergétique stimulent l’appétit pour ces métaux, indispensables à la construction des véhicules électriques, d’éoliennes ou de panneaux solaires.

Ce retour en grâce est aussi tiré en vrac par «les mesures de relance budgétaire, les taux d’intérêt mondiaux ultra-bas, un dollar américain plus faible et l’appétit accru des investisseurs pour le risque», soulignent les experts de Capital Economics.

Les prix reflétant l’équilibre entre offre et demande, ils bénéficient enfin des perturbations de l’approvisionnement, que ce soit au sein des pays producteurs soumis à des mesures de restrictions de déplacement des biens et des personnes ou bien dans la logistique, fortement gênée par la pandémie.

Un nouveau «supercycle»?

Les observateurs de marchés s’interrogent sur une possible tendance de fond derrière la hausse impressionnante des cours.

D’un côté, les analystes de Goldman Sachs ont professé en début d’année «le début d’un marché haussier structurel beaucoup plus long pour les matières premières», ouvrant la voie vers un nouveau «supercycle».

Le précédent «a eu lieu au début des années 2000, après le boom des exportations et des infrastructures de la Chine», argumente Ian Hui, les plus anciens «ont coïncidé avec l’industrialisation et la reconstruction après des conflits et des guerres majeurs».

«Pas pour tout de suite»

D’autres sont plus circonspects. «La reprise soutenue de la demande et des prix n’est pas pour tout de suite», avertit par exemple Capital Economics, mais elle pourra intervenir «dans le courant de la décennie, à mesure que les initiatives en faveur de l’économie verte atteignent une masse critique».

En guise d’avertissement, une première correction a déjà été opérée parmi les métaux cotés au LME.

Le cours du nickel, passé de 10’865 dollars en mars 2020 à 20’110 dollars fin février 2021, a chuté brusquement début mars autour de 16.000 dollars la tonne, et y stagne depuis.

(AFPE)

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