Coronavirus: Les médecins assistants risquent la surchauffe
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CoronavirusLes médecins assistants risquent la surchauffe

Appelés à renforcer leur présence aux dépens de congés et de récupérations, et malgré des horaires déjà très chargés, certains médecins craignent l'épuisement alors que l'épidémie semble loin d'être terminée.

par
Pauline Rumpf
La plupart des forces supplémentaires sont affectées aux centres de dépistage ad hoc ouverts partout dans le pays.

La plupart des forces supplémentaires sont affectées aux centres de dépistage ad hoc ouverts partout dans le pays.

Keystone/AP/Salvatore di Nolfi

En temps normal, les conditions de travail du personnel hospitalier sont déjà intenses. Médecins assistants et infirmiers, notamment, sont régulièrement soumis à des semaines de travail de 50 heures, voire 60 heures, comprenant du travail régulier de nuit. Or, en cas d'urgence comme celui d'une épidémie, l'usage des heures supplémentaires est encore facilité, et nombre de médecins en manque de sommeil chronique commencent à craindre d'arriver aux limites du système.

Vacances annulées jusqu'à fin avril

La plupart des hôpitaux envisagent ou ont déjà commencé à faire venir les employés durant leurs congés, ainsi que d'augmenter leur temps de travail pour ceux à temps partiel. Des stages sont interrompus et des travailleurs temporaires appelés à la rescousse. En outre, le CHUV vient d'annoncer l'annulation totale des vacances de l'ensemble de ses employés jusqu'à fin avril.

«Actuellement, il y a des «horaires coronavirus» qui s'ajoutent à notre horaire de base déjà très dense, après une série de nuits par exemple. On comprend bien la nécessité de le faire, mais d'un autre côté, on ne pourra pas tenir un rythme pareil pendant plusieurs mois. On sera probablement au bout du rouleau avant que l'épidémie ne ralentisse...», s'inquiète une jeune médecin assistante qui souhaite rester anonyme.

Souvent poussé par sa vocation, l'ampleur de ses responsabilités et la gravité de la situation, le personnel adopte plutôt une attitude solidaire, mais se questionne. «C'est sport pour tout le monde. Fini les formations et les vacances, raconte une autre médecin, anonyme elle aussi. Ce n'est pas motivant de bosser plus, mais on a accepté sans même connaître les conditions... Car on ressent une vraie peur, pour une fois partagée par les chefs, de ne pas pouvoir soigner nos patients correctement.»

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La présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, est consciente de la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve le Tessin. Elle a entendu mercredi après-midi la délégation des parlementaires fédéraux du canton.

Respecter une loi déjà souvent dépassée

L'Association suisse des médecins assistants et chefs de clinique (asmac) constate en effet que les circonstances demanderont un effort supplémentaire à ses membres, «bien qu'ils travaillent déjà souvent plus que ce qui est prévu par la loi ou leur contrat», met en garde Marcel Marti, responsable politique de l'asmac. «Cependant, il ne faut pas que la charge de travail soit augmentée de façon permanente, même si la situation se prolonge. Ceci pour éviter que les jeunes médecins n'atteignent les limites de leur santé, avec des risques pour la sécurité des patients.» L'association est actuellement en train d'étudier la situation juridique des différents cantons.

Neuf postes frontières sont fermés au Tessin

La Suisse a partiellement fermé mercredi sa frontière avec l'Italie pour tenter d'endiguer la propagation du nouveau coronavirus. Plus de 150 nouveaux cas de contamination au Covid-19 ont été enregistrés en 24 heures en Suisse.

«Les limites posées par la loi sur le travail restent applicables même en cas d'épidémie, rappelle toutefois le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco). Elle permet de demander du travail supplémentaire pour faire face à des situations spéciales, mais celui-ci est limité et il doit être compensé, et la durée de repos doit être respectée.»

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