Conseil de la presse: Les médias n'avaient pas à publier l'identité du meurtrier de Lucie
Actualisé

Conseil de la presseLes médias n'avaient pas à publier l'identité du meurtrier de Lucie

Cette démarche était «disproportionnée», selon le Conseil suisse de la presse. Même si dans ce cas, la police argovienne avait diffusé ces éléments dans un appel à témoins.

A la découverte du corps sans vie de l'adolescente fribourgeoise le 10 mars dans un appartement à Rieden, près de Baden (AG), certains médias ont publié pour la première fois le nom du meurtrier présumé ou ses initiales. Deux jours plus tard, les enquêteurs ont donné une conférence de presse à Aarau. Le meurtrier de la jeune fille au pair de 16 ans venait de se rendre et d'avouer les faits.

La police a tout de même dévoilé à cette occasion le visage et l'identité du prévenu pour reccueillir des témoignages d'autres jeunes femmes abordées par le meurtrier. La plupart des médias ont alors publié ces informations. Une minorité y ont renoncé. D'autres sont revenus à l'anonymat après coup, mais sans adopter de ligne conséquente.

«Même si une autorité livre elle-même le nom et/ou une photo d'un criminel présumé aux fins de publication, cela ne dispense pas les rédactions de mener leurs propres réflexions», écrit mercredi le Conseil de la presse dans ses conclusions. Les médias doivent «procéder avant publication à leurs propres réflexions déontologiques».

Il en va de l'indépendance journalistique et de la protection de l'anonymat, a souligné le conseil face aux médias réunis à Lausanne et Zurich.

Seulement en cas de fuite

En l'occurrence, dévoiler l'image et le nom complet du meurtrier au grand public était disproportionné, selon la prise de position du conseil qui s'est auto-saisi de la question. De nombreux médias ont pourtant publié «par pur réflexe» les éléments sensibles pour la protection de la personnalité.

La publication d'un avis de recherche ou d'un appel à témoins ne se justifie que «lorsque d'autres délits sont à craindre et/ou que l'auteur présumé est en fuite, de même s'il nie sa culpabilité», estime l'autorité de contrôle des règles rédactionnelles.

Si un média décide malgré tout de passer outre ces recommandations, il doit respecter le principe de porportionnalité. La révélation de l'identité d'un meurtrier présumé par les autorités ne doit pas servir à le «clouer au pilori» ainsi que ses proches.

Retransmission en direct

Le Conseil de la presse admet toutefois que la retransmission de la conférence de presse de la police argovienne a entravé la protection de la personnalité. Mais selon lui, la diffusion «une seule et unique fois» du nom et de l'image du meurtrier ne donne pas à ce dernier une notoriété qui rende «superflu» le respect de son anonymat par la suite.

Et d'ajouter que les responsables des chaînes de radio et de télévision ainsi que les services en ligne qui retransmettent des conférences de presse en direct devraient «prendre des précautions». Ils doivent être en mesure de «réagir» lorsqu'une diffusion non filtrée de l'image et du son de l'événement enfreint les normes déontologiques.

Le président du Conseil de la presse Dominique von Burg a évoqué notamment la possibilité de retransmettre une conférence de presse en léger différé afin de pouvoir intervenir, au besoin. (ats)

Ton opinion