Procès Mladic: Les mères de Srebrenica ont applaudi et pleuré
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Procès MladicLes mères de Srebrenica ont applaudi et pleuré

De nombreuses femmes étaient devant des télévisions installées au mémorial de Potocari, pour entendre que le «Boucher des Balkans» mourrait bien en prison.

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Ratko Mladic a donné, depuis sa prison, une interview en direct par téléphone lors d''une émission d'une chaîne privée serbe. (16 novembre 2018)

Ratko Mladic a donné, depuis sa prison, une interview en direct par téléphone lors d''une émission d'une chaîne privée serbe. (16 novembre 2018)

AFP
Interrogé par son fils, Darko Mladic, il s'est exclamé:  «Bisous de papi Mladic». (16 novembre 2018)

Interrogé par son fils, Darko Mladic, il s'est exclamé: «Bisous de papi Mladic». (16 novembre 2018)

Keystone/Capture d'écran de l'émission de de la chaine Happ
Ratko Mladic (à gauche lors du siège de Sarajevo en 1994) a été condamné à la perpétuité pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre. (Mercredi 22 novembre 2017)

Ratko Mladic (à gauche lors du siège de Sarajevo en 1994) a été condamné à la perpétuité pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre. (Mercredi 22 novembre 2017)

Keystone

Elles ont écouté le verdict les mains parfois tournées vers le ciel, serrées les unes contre les autres: quand la perpétuité a été annoncée pour Ratko Mladic, les mères de Srebrenica ont applaudi, pleuré, se sont agrippées.

«Je rends grâce à Dieu, au nom de nos fils!», lâche Nedziba Salhovic une de celles qui s'étaient réunies mercredi devant une des télévisions installées au mémorial de Potocari. Si à La Haye des responsables des associations se sont dites «partiellement satisfaites», celles qui étaient restées à Srebrenica exprimaient leur soulagement.

C'est là que sont érigées des milliers de stèles en hommage à leurs fils, frères, maris. Ils furent plus de 8000 assassinés par les forces serbes de Ratko Mladic en quelques jours de juillet 1995 alors qu'ils tentaient de fuir l'enclave musulmane de Srebrenica.

Cris de colère

Un acte de génocide, a répété mercredi la justice internationale. Le seul commis en Europe depuis la Seconde guerre mondiale. Et le guerrier Mladic, 74 ans, en a été jugé coupable, tout comme en 2016 le propagandiste fanatique Radovan Karadzic, 72 ans. «Mladic mourra à La Haye! Je suis heureuse, heureuse de cette justice», dit Nedziba Salhovic. Dès le début de la lecture, les premières larmes ont coulé. Et les cris de colère se sont élevés quand Ratko Mladic s'énervait. «Tu n'es pas un homme mais une ordure!», crie une de ces femmes voilées.

Quand le criminel demande une interruption de séance pour aller aux toilettes, le mépris fuse: «Le Tchetnik a fait dans son froc!» Ces femmes n'attendaient que la perpétuité. «Mes photos sont des preuves irréfutables», dit l'une en les brandissant.

Un jugement qui «arrive trop tard»

Toutes étaient venues pour entendre que le «Boucher des Balkans» mourrait bien en prison. «Quand bien même justice ne serait pas rendue même s'il vivait 1000 fois et écopait d'autant de peines à perpétuité», avait dit Ajsa Umirovic, 65 ans, qui a perdu 42 membres de sa famille.

«Regardez là-bas», dit-elle en montrant l'alignement de stèles, «il devrait recevoir la perpétuité ne serait-ce que pour une seule famille».

A Sarajevo, autre ville-martyre, le vendeur de vêtements Safet Kolic estime que ce «jugement arrive trop tard». A ses yeux, Ratko Mladic «a détruit un peuple en lui faisant commettre un génocide et un autre en lui faisant subir un génocide».

44 mois de siège

Dans la capitale bosnienne, de nombreuses façades sont encore trouées d'impacts d'obus, rappel d'un siège de 44 mois, l'un des plus longs de l'histoire. Plus de 10'000 personnes, dont 1500 enfants, y sont tombés entre 1992 et 1995, tués par les balles des snipers et les obus qui pleuvaient des hauteurs tenues par les forces de Ratko Mladic.

Le marché de Markale fonctionne normalement ce mercredi. Il fut le théâtre de deux bains de sang avec 68 morts en février 1994 et 37 en août 1995. Les noms des victimes sont inscrits sur un mur rouge. «Si ça ne tenait qu'à moi, je le pendrais, parce que j'ai souffert comme personne, je ne peux même pas en parler», dit une femme âgée, vendeuse de légumes, qui refuse de donner son nom.

Un héros pour les Serbes de Bosnie

Chez les Serbes de Bosnie, on ne se faisait guère d'illusion sur l'issue de ce procès. Mais l'heure n'est pas à la contrition. A cinq kilomètres seulement du mémorial de Srebrenica, des portraits de Ratko Mladic en uniforme ont été posés dans les rues de la ville serbe de Bratunac. «Tu es notre héros!», pouvait-on lire.

A Sokolac, des militants de l'association Honneur de la Patrie, certains revêtus de T-shirt à l'effigie de Ratko Mladic, ont accueilli le verdict en silence. «L'histoire montrera peut-être un jour que la vérité est celle à laquelle nous croyons», dit l'ancien combattant Zeljko Dacic, 51 ans.

La veille, leur chef politique Milorad Dodik, le patron de la «Republika Srpska», avait donné le ton: «Ratko Mladic reste une légende du peuple serbe». La guerre de Bosnie (1992-1995) a fait plus de 100'000 morts et 2,2 millions de déplacés. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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