Chantiers à Genève: mesures de protections contre le froid pas respectées

Actualisé

Genève«Les mesures de protection contre le froid ne sont pas respectées»

Trois syndicats dénoncent, entre autres, l’absence de pauses supplémentaires sur des chantiers quand le mercure frise le zéro.

par
Léonard Boissonnas
Les syndicats, venus sur un chantier, mardi, exigent que «la protection et la santé des travailleurs passent enfin avant les profits et les délais».

Les syndicats, venus sur un chantier, mardi, exigent que «la protection et la santé des travailleurs passent enfin avant les profits et les délais».

leo/20 min

«Au gré des visites sur des chantiers, on a constaté que les mesures de protection en cas de grand froid ne sont malheureusement pas respectées, comme lors des grandes chaleurs d’été», a pointé mardi Thierry Horner, secrétaire du syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT), lors de la visite d’un chantier situé à la rue des Savoises, à Plainpalais.  

Après avoir interrogé les ouvriers présents, le SIT, ainsi que les syndicats Unia et Syna, ont déploré des manquements, comme «sur la quasi-totalité des chantiers» genevois. Et en particulier la semaine passée, notamment jeudi, où il y a eu «un grand coup de froid», avec des températures avoisinant les -3°C, pour un ressenti de -7°C ou -8°C avec la bise. «Il y a eu les pauses habituelles, mais aucune supplémentaire», a regretté José Sebastiao, secrétaire syndical d’Unia. De plus, sur ce chantier, «il y avait un problème de générateur, qui ne permettait pas de chauffer le local» des ouvriers. 

Pauses régulières préconisées

Et pourtant, ont souligné les syndicats, des mesures doivent être prises lors de travaux en plein air en cas de froid, comme le préconise le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO): local chauffé, distributions de boissons chaudes, informations aux travailleurs sur les risques pour la santé et pauses supplémentaires. Selon le document du SECO, celles-ci doivent avoir lieu toutes les 150 minutes et durer 10 minutes quand le mercure affiche des températures allant de 15°C à -5°C, et toutes les 90 minutes pour une durée d’un quart d’heure lors de températures évoluant de -5°C à -18°C. «Une trop longue exposition au froid entraîne des risques pour la santé ou d’accident», a encore insisté Thierry Horner.  

Difficultés à accéder aux chantiers

Carlos Massas, secrétaire syndical de Syna, a rappelé, quant à lui, les «difficultés à accéder aux chantiers» pour les organisations syndicales. Celles-ci ont indiqué vouloir s’adresser à l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail (OCIRT) pour que des contrôles plus nombreux soient effectués. Pour le chantier de la rue des Savoises, a expliqué Thierry Horner, «nous allons écrire à l’OCIRT et à l’Inspection paritaire des entreprises, afin qu’ils auditionnent les travailleurs et qu’ils interviennent auprès d’Implenia». Interpellée sur les éventuels manquements dénoncés, l’entreprise n’était pas en mesure de nous répondre mardi. Mercredi, elle a rejeté les critiques (voir encadré). 

Pour sa part, l’OCIRT précise qu’il lui est «pour l’instant difficile de se prononcer sur une dénonciation qui vient de nous parvenir». Les problèmes décrits «datent en outre d’une semaine, il sera donc compliqué d’objectiver dans ce genre de situation.» L’OCIRT rappelle que, si les syndicats peuvent s’adresser à lui et surtout à l’IPE pour effectuer des contrôles in situ, ceux-ci «ne peuvent bien sûr pas avoir lieu en permanence», précisant n’avoir «rien reçu jusqu’à cet après-midi».

Fonds intempéries réclamé

Comme après la canicule de l’été dernier, les trois syndicats ont à nouveau appelé à la création rapide d’un fonds spécial intempéries. Celui-ci, alimenté par le patronat et l’Etat ou l’Etat seulement, permettrait d’arrêter un chantier en cas de chaleur importante ou de grand froid, tout en continuant à payer les ouvriers. Un dispositif qui existe déjà dans le canton de Vaud, a mis en avant les organisations syndicales. «On discute avec l’Etat, il y a eu quatre réunions depuis l’année dernière, mais ça ne va pas assez vite, a relevé José Sebastiao. Il y a urgence!»

Implenia assure «prendre les mesures nécessaires»

L’entreprise Implenia a assuré qu’elle prenait «toutes les mesures nécessaires pour protéger au mieux ses collaborateurs du froid», évoquant des vêtements de travail avec protection thermique, ou des locaux de pause bien aménagés et chauffés avec boissons chaudes. La société ajoute que, dans certains cas, «il est nécessaire de revoir par exemple l’organisation des pauses tout au long de la journée ou d'organiser le travail différemment.» Lors d’épisodes de froid, «nous rappelons régulièrement à nos conducteurs de travaux d'appliquer ces mesures sur les chantiers, comme cela a été le cas ces derniers jours. Nous respectons également toujours les directives et recommandations correspondantes du Seco.»

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