Les méthodes musclées «d'Appel au peuple» remisent en cause
Actualisé

Les méthodes musclées «d'Appel au peuple» remisent en cause

Le premier grand procès contre «Appel au peuple» s'ouvre le 30 octobre à Lausanne.

Durant dix jours, sept membres de cette association devront répondre d'atteintes à l'honneur contre des avocats et des magistrats vaudois et fribourgeois.

Depuis six ans, «Appel au peuple» dénonce inlassablement de prétendus dysfonctionnements du système judiciaire. Emmenée par Gerhard Ulrich, son président-fondateur, l'association utilise des méthodes musclées pour faire pression sur les juges, n'hésitant pas à se rendre au domicile privé des magistrats pris pour cible.

Pour Gerhard Ulrich, la fin justifie les moyens: «Nous allons à leur domicile car là, ils sont vulnérables. C'est adéquat. N'oublions pas que nous défendons des personnes broyées par la justice», relève celui qui, dans le cadre d'un divorce houleux, a mis le feu à la maison de son ex-épouse avant d'appeler les pompiers.

Revendications

Neuf accusés (dont sept membres d'»Appel au peuple»), treize plaignants, un dossier de plus de 120 pages: l'audience s'annonce longue, embrouillée et probablement passionnée.

Particularité de l'affaire: les actes reprochés ne sont pas contestés, mais ouvertement revendiqués. «Nous avons eu beaucoup de peine à déclencher la première plainte», dit Gerhard Ulrich. Au procès, l'association compte bien ne pas se laisser «museler» et va mettre en avant trois cas de dysfonctionnements «manifestes», à ses yeux.

Pas une vitrine

Pour le substitut du procureur, Eric Mermoud, pas question que l'audience serve de vitrine à «Appel au peuple». Et pas question non plus de refaire les procès mis en cause: «ces affaires ont force de chose jugée».

Pour corser le tout, des membres d'»Appel au peuple» pourraient se retrouver sans avocat à l'audience. «Mon avocat commis d'office a jeté l'éponge le 4 octobre», affirme Gerhard Ulrich. Or, lorsque le Ministère public est représenté, le code de procédure pénale prévoit que les accusés soient également défendus par un avocat.

Calomnie

Les accusés comparaîtront du 30 octobre au 10 novembre devant le Tribunal correctionnel de Lausanne présidé par Pierre-Henri Winzap. Ils devront répondre de diffamation, calomnie, tentative de contrainte, violation de domicile et insoumission à une décision d'autorité.

La calomnie, forme aggravée de l'atteinte à l'honneur, implique un dessein de nuire, car l'intéressé connaît la fausseté de ses allégations. La peine peut aller jusqu'à trois ans de prison, voire au-delà lorsqu'elle entre en concours avec d'autres infractions.

Tracts violents

«Les accusés ont distribué des tracts incroyablement violents qui reposent apparemment sur les déclarations d'une seule personne et ont été envoyés sans aucune vérification», note le substitut. L'association impute par ailleurs à un complot maçonnique la responsabilité des soi-disant dysfonctionnements de la justice.

En traduisant ces cas devant un tribunal, les plaignants veulent montrer que ce harcèlement n'a que trop duré. «Me faire traiter d'escroc, cela suffit», explique l'une des personnes visées. «Comme avocat, pour me défendre, je n'ai que les armes judiciaires. J'espère qu'avec des condamnations, cela va s'arrêter».

Sous toutes les coutures

L'homme de loi rappelle qu'on n'est jamais satisfait d'une décision quand c'est quelqu'un d'autre qui la prend. Mais il souligne que les procédures mises en cause ont été examinées sous toutes les coutures, par des instances différentes composées de personnes honorables.

Pas sûr que le procès calme les ardeurs des membres de l'association: «Ils peuvent me condamner, cela va seulement me motiver», clame M. Ulrich. Un deuxième volet, avec d'autres cas d'atteintes à l'honneur, est d'ores et déjà annoncé pour 2007.

(ats)

Ton opinion