Genève – Les Mouettes ont galéré pour leurs nouveaux bateaux 
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GenèveLes Mouettes ont galéré pour leurs nouveaux bateaux

La compagnie de transports lacustres doit changer deux embarcations. Les candidats ne se sont pas pressés au portillon.

par
Maria Pineiro
Les Mouettes genevoises doivent compléter leur flotte avec deux nouveaux bateaux électro-solaires à l’horizon 2023. 

Les Mouettes genevoises doivent compléter leur flotte avec deux nouveaux bateaux électro-solaires à l’horizon 2023.

Laurent Guiraud./TDG

Un appel d’offres à l’international à 2,7 millions de francs qui ne trouve pas preneur? C’est la déconvenue à laquelle ont dû faire face les Mouettes genevoises, lors du renouvellement d’une partie de leur flotte, si l’on en croit la réponse du Conseil d’Etat au député PLR Alexis Barbey. D’après le contrat de prestations qui le lie au Canton, le transporteur lacustre devait acquérir deux bateaux à propulsion électro-solaire en 2020. Mais l’opération a été plus compliquée que prévu: «Compte tenu du prix maximal par véhicule, je ne m’attendais pas à recevoir de réponses d’entreprises suisses. C’était impossible, admet Joël Charrière, directeur. Mais, j’ai été très surpris de constater qu’aucun chantier naval étranger n’avait tenté sa chance.» Une issue qu’il explique par la spécificité du domaine (lire encadré).

Ainsi, après l’échec de l’appel d’offres, les Mouettes se sont adressées directement à des sociétés susceptibles de construire leurs bateaux, notamment celle qui avait fabriqué les précédents modèles. «Ce chantier naval qui avait à l’époque construit Alinghi a été entretemps racheté par une société française et ne pouvait répondre aux impératifs de prix», détaille Joël Charrière.

Swissmade impossible

Après plusieurs essais infructueux, c’est auprès de la société genevoise Autos & Energies, qui avait motorisé les deux premiers bateaux électriques des Mouettes, que le transporteur trouvera son bonheur. Mais au prix de 1,350 million de francs, il n’était pas possible de garantir une construction intégrale en Suisse. Une partie de l’embarcation sera donc produite en Pologne avant d’être complétée au pays. «Les moteurs, vitrages ou encore les chauffages seront montés ici», se réjouit Joël Charrière, qui dit ne pas avoir eu d’autre choix. «Construire en Suisse aurait coûté 2 millions de francs par bateau. Une entreprise subventionnée comme la nôtre ne peut pas se permettre de payer ces tarifs.»

Le député Alexis Barbey n’est pas surpris outre mesure, ni choqué, de la solution trouvée par les Mouettes genevoises. Selon lui, faire construire les parties lourdes dans les pays de l’Est est devenu la norme dans l’industrie navale. «Oui à la préférence nationale, mais pas à n’importe quel prix car ce n’est pas rentable», avance l’élu. Il estime qu’il faut soutenir l’industrie helvétique à haute valeur ajoutée, les productions peu spécifiques pouvant être importées. «Il s’agit également de faire en sorte que l’argent du contribuable ne soit pas dépensé inutilement.»

Respect des procédures légales

Contacté, le Département des infrastructures (DI) a indiqué avoir «suivi l'entier de la procédure d'appel d'offres vu les montants financiers conséquents engagés lors d'une telle acquisition», tout en soulignant que les Mouettes genevoises entretiennent une relation contractuelle avec l’Etat et que le processus d’achat de nouveaux bateaux est de la «compétence de la société». Le DI se borne à préciser que les procédures légales ont été respectées par les Mouettes genevoises.

Pièces uniques

A en croire Joël Charrière, il est difficile pour les chantiers navals de s’y retrouver financièrement en construisant une pièce unique. «Nos deux bateaux ne seront pas identiques, puisque l’un d’entre eux doit pouvoir passer sous le pont du Mont-Blanc, souligne-t-il. Fabriquer un moule pour un seul bateau rend difficile l’atteinte de rentabilité.» Le patron des Mouettes genevoises est allé visiter le chantier naval polonais qui se chargera de produire les coques et les structures des deux embarcations commandées. «Leur espace de travail s’étend sur une surface aussi grande que la rade de Genève.»

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