Etats-Unis: Les multinationales se convertissent à l'euro

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Etats-UnisLes multinationales se convertissent à l'euro

A défaut d'être une oasis de croissance, la zone euro devient une opportunité d'argent bon marché pour les firmes américaines. Elles y lèvent des dizaines de milliards d'euros à des taux très faibles.

Symbole de cet engouement pour la monnaie unique, Berkshire Hathaway, le holding du très respecté homme d'affaires Warren Buffett, vient pour la première fois d'emprunter 3 milliards d'euros (3,2 milliards de francs) sur une durée d'au moins huit ans à un taux inférieur à 2%.

Quelques jours auparavant, c'est un tir groupé composé du fabricant de boissons sans alcool Coca-Cola (8,5 milliards d'euros, un record), des groupes agroalimentaires Mondelez (2,4 milliards d'euros) et Kellogg (500 millions d'euros) et du fabricant d'équipements d'électro-ménager Whirlpool (500 millions d'euros) qui ont levé de l'argent pour une bouchée de pain auprès d'investisseurs européens.

Le géant pétrolier ExxonMobil envisage de se lancer à son tour et vise une levée de 8 milliards de dollars (7,9 milliards de francs) dans les prochaines semaines, selon des sources bancaires.

Plus de 30 milliards

En tout, ce sont 30,1 milliards d'euros comptant pour 21 opérations que les entreprises américaines ont emprunté depuis janvier en Europe. Soit un plus haut depuis 2007 (32,8 milliards d'euros pour 33 transactions, à l'époque), selon le cabinet Dealogic.

«Nous nous attendons à voir des entreprises américaines continuer de lever de l'argent en Europe tant le différentiel entre les taux d'intérêt reste en faveur de l'euro», estime Brendan Hanley, co-responsable pour les produits de hautes qualité d'investissement pour les Amériques chez Bank of America Merrill Lynch. «Coûts bas, liquidités abondantes et une diversité des investisseurs crée une combinaison gagnante», ajoute le banquier.

Cette ruée vers la monnaie unique est due au fait qu'il est actuellement beaucoup moins onéreux de s'endetter en euro qu'en dollar, selon les experts.

Politique monétaire divergente

En effet, les taux d'intérêt sont proches de zéro au sein de l'Union monétaire. La Banque centrale européenne (BCE) intensifie ses efforts pour tenter de relancer l'économie via un ambitieux programme de rachat de dette qui va débuter la semaine prochaine.

A l'inverse, il fait peu de doute que son homologue, la Réserve fédérale américaine(Fed), va augmenter cette année ses taux directeurs. L'incertitude repose plutôt sur le calendrier.

Du coup, sur le marché obligataire les investisseurs recherchent les titres de dette jugés comme les plus sûrs. Et plus la demande est forte, moins le taux d'intérêt est élevé.

Les obligations émises par les Etats ont été les premières à atteindre des taux historiquement bas, certains Etats comme l'Allemagne empruntant même à des taux négatifs. Autrement dit, les investisseurs leur prêtent de l'argent à perte.

La dette des entreprises suit désormais le même chemin. «Whirlpool a emprunté en euros à un taux d'intérêt de 0,65%. Si cela avait été en dollars, le taux eût été de 2,5%», souligne à l'AFP un banquier intervenu dans l'opération ayant requis l'anonymat. «Emprunter en euros est incroyablement moins cher pour les entreprises américaines».

«Pas le choix»

Plus de 600 fonds d'investissement, assureurs et autres investisseurs institutionnels étaient prêts à acheter la dette émise par Coca-Cola, indique à l'AFP un autre banquier qui conseille des entreprises américaines sur ces émissions de dette. Les fonds d'investissement et les assureurs qui disposent de liquidités abondantes n'ont pas de choix, selon des sources bancaires, car ils doivent atteindre des objectifs de retour sur investissement arrêtés.

«Ils ont le choix entre acheter la dette d'Etat qui ne rapporte rien et prêter de l'argent à une entreprise dont le papier est bien noté et qui offre du rendement. Le choix est vite fait», résume le banquier. (ats)

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