Covid - Les non-vaccinés malmenés à cause de leur choix
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CovidLes non-vaccinés malmenés à cause de leur choix

Les personnes qui n’ont pas reçu le sérum subissent une forte pression sociale. Des spécialistes appellent à la vigilance pour préserver le vivre-ensemble.

par
Leila Hussein

Alors que la vaccination ralentit en Suisse, bouder la piqûre est devenu un lourd fardeau. «La semaine dernière, je me suis pris la tête avec un ami. Selon lui, tous ceux qui refusent le vaccin sont des égoïstes», confie Anthony qui n’est pas «à tout prix contre, mais préfère attendre». Le pire vient des médias selon lui, car «ils nous donnent l’impression d’être seuls au monde».

Mia* aussi constate que le Covid est devenu «un sujet qui fâche». Même au sein de la famille. «Tout le monde a un avis différent. Dès qu’on en parle, le ton monte.» Plus surprenant. C’est chez son médecin, mécontent de voir la trentenaire prendre le temps de la réflexion, que la pression sociale a été la plus forte. «Il ma engueulée, en me disant que si on veut sortir de cette merde, il faut que tout le monde se fasse vacciner.»

Pression à la conformité

Ce mécanisme, Katia Schenkel, vice-présidente de l’Association genevoise des psychologues (AGPsy), le connaît bien. «Ça s’appelle la pression à la conformité. Soit on adhère au groupe majoritaire, soit on subit une pression pour y adhérerSi le phénomène n’a rien détonnant, son ampleur peut devenir problématique. «La minorité y est confrontée de manière quotidienne et dans tous les cercles sociaux. Cela peut devenir fatigant, voire usant. Si les contraintes et la pression augmentent, cela peut créer des tensions plus vives, voire des violences. C’est ce qu’on appelle l’effet bouc émissaire.» Pour Samia Hurst, bioéthicienne à l’Université de Genève, cela peut aussi «conduire à une certaine polarisation de la société. Au risque de créer des logiques de groupe délétères

Si les contraintes et la pression augmentent, cela peut créer des tensions plus vives, voire des violences, explique Katia Schenkel, vice-présidente de l’Association genevoise des psychologues.

Si les contraintes et la pression augmentent, cela peut créer des tensions plus vives, voire des violences, explique Katia Schenkel, vice-présidente de l’Association genevoise des psychologues.

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Peur d’un scénario à la française

Pour l’instant, Anthony et Mia supportent assez bien la pression. En revanche, l’introduction de nouvelles restrictions pourrait changer la donne. «Ce qui me fait peur, c’est un truc à la française», avoue Anthony.
À l’heure où l’OFSP évoque la possibilité d’étendre le pass sanitaire, la question se pose. «Ce qui est important, c’est que l’accès à la vie ordinaire demeure possible pour tous. On n’a pas le droit d’exiger le certificat Covid pour n’importe quel type d’activités. Il faut garantir l’accès aux services fondamentaux du quotidienEn Suisse, la protection est importante et la ligne est clairement tracée, rappelle la bioéthicienne. «C’est une chose de se faire convaincre par son entourage. C’en est une autre de se voir barrer la route à des services essentiels par sa société.»

Comme limiter la couverture d’assurance des personnes non vaccinées. Une possibilité récemment évoquée qui serait très problématique, selon l’experte. «C’est une évidence que la médecine est là pour tout le monde. Dans un système de santé à couverture universelle, il est d’autant plus exclu que le traitement soit différencié selon les choix de santé des gens.» Face à la facture, faute de moyens, trop de personnes devraient renoncer à se faire soigner, souligne la bioéthicienne. Cela reviendrait également à ne laisser le choix de la vaccination qu’aux personnes aisées.

Un choix démocratique

«Essayer de se convaincre les uns les autres est tout à fait normal, relève la spécialiste. Le système suisse marche aux convictions et non aux injonctions. Cela implique donc une communication au sein de la populationMais la bioéthicienne rappelle les fondements de ce processus. «La vaccination facultative est un choix démocratique. C’est injuste de faire comme si les personnes non vaccinées avaient décidé seules de s’accorder ce droit. Nous l’avons collectivement décidé.» Une situation paradoxale, puisque «malgré tout, ça nous arrangerait bien que pas trop de gens fassent ce choix».

Apprendre à coexister

Dans sa pratique quotidienne, Katia Schenkel observe un sentiment d’agacement grandissant. «Les gens veulent sortir de la crise. S’ils ont l’impression que les non-vaccinés empêchent cela, ils vont montrer des signes dimpatience pour que la situation se normalise.» «Un cercle vicieux» qui risque de s’aggraver, estime Anthony. «Sous la pression, de plus en plus de gens cèdent à la vaccination. Ceux qui restent sont davantage marginalisés et subissent une pression toujours plus grande

Dès lors, la question suivante se pose pour chacun d’entre nous, estime Samia Hurst: «Comment allons-nous coexister dans une situation sanitaire de plus en plus tendue avec des avis aussi divergents sur la vaccination?» Pour Katia Schenkel, un travail individuel est nécessaire afin de préserver le vivre-ensemble. «Il faut diminuer son niveau de stress général et prendre conscience de ce que ce sujet provoque chez soi et chez les autres.» La vice-présidente de l’AGPsy appelle à la vigilance afin déviter «une rupture du dialogue entre deux groupes risquant de devenir hermétiques».

*Prénom d’emprunt

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