Élections législatives - Les Norvégiens aux urnes, scrutin clé pour le secteur pétrolier
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Élections législativesLes Norvégiens aux urnes, scrutin clé pour le secteur pétrolier

Le futur du secteur pétrolier, qui représente 14% du Produit intérieur brut en Norvège, est en jeu lors des élections législatives norvégiennes prévues ce lundi.

Le leader travailliste Jonas Gahr Støre, millionnaire de 61 ans qui a fait campagne contre les inégalités sociales, le 21 août 2021 en Norvège.

Le leader travailliste Jonas Gahr Støre, millionnaire de 61 ans qui a fait campagne contre les inégalités sociales, le 21 août 2021 en Norvège.

AFP

Les Norvégiens votent ce lundi dans le cadre de législatives qui devraient couronner l’opposition «rouge verte» et potentiellement influer sur le sort des activités pétrolières dans le pays, plus gros producteur d’hydrocarbures d’Europe de l’Ouest.

Selon les sondages, une nette majorité se dessine pour déloger le gouvernement de centre droit d’Erna Solberg, victime notamment d’une usure du pouvoir après huit ans à la tête du royaume nordique. Le leader travailliste Jonas Gahr Støre, millionnaire de 61 ans qui a fait campagne contre les inégalités sociales, semble bien placé pour lui succéder, mais les contours de sa future coalition, notamment le poids des forces écologistes, restent en suspens.

Son parti et ses alliés privilégiés, le parti du Centre (agrarien) et la Gauche socialiste, obtiendront-ils une majorité parlementaire à eux trois ou devront-ils obtenir l’appui de deux autres forces d’opposition, les écologistes de MDG et/ou les communistes de Rødt, ce qui compliquerait encore les tractations?

«J’ai de bonnes sensations», a dit Jonas Gahr Støre en déposant son bulletin dans une école d’Oslo dimanche, le scrutin ayant ouvert un jour plus tôt dans les grandes villes. Vendredi, plus de 1,6 million de Norvégiens, soit 42,3% du corps électoral, avaient par ailleurs fait usage du vote anticipé.

Désaccoutumance

L’«alerte rouge pour l’humanité» lancée début août par les experts de l’ONU sur le climat (Giec) a placé la question du réchauffement au cœur de la campagne électorale et forcé le pays à une réflexion sur le sort des activités pétrolières qui l’ont rendu immensément riche. Le rapport a dopé ceux qui, à gauche et, dans une moindre mesure, à droite, veulent en finir avec le pétrole.

MDG, le parti le plus en pointe, réclame l’arrêt immédiat de toute exploration pétrolière et celui de l’exploitation en 2035, un ultimatum rejeté par Jonas Gahr Støre, diplômé de Sciences Po Paris et ministre de Jens Stoltenberg entre 2005 et 2013. Comme les conservateurs, l’autre force dominante du royaume, le parti travailliste exclut de renoncer à la manne pétrolière et prône une désaccoutumance progressive à l’or noir.

En Norvège, le secteur pétrolier représente 14% du Produit intérieur brut, plus de 40% des exportations et 160’000 emplois directs. L’or noir a aussi permis au royaume de 5,4 millions d’habitants d’amasser le plus gros fonds souverain au monde avec près de 12’000 milliards de couronnes d’actifs (1265 milliards de francs).

«La demande de pétrole est sur une pente descendante. Cela se produit de soi-même, par la loi du marché. Nous n’avons pas besoin de le décréter (…) mais de construire des ponts vers des activités d’avenir», a dit à l’AFP le responsable travailliste des questions énergétiques, Espen Barth Eide. «Nous continuerons d’avoir des activités pétrolières mais on doit admettre que les meilleures années pétrolières sont derrière nous», a-t-il souligné.

Finie la prospection dans l’Arctique?

Selon nombre d’observateurs, un compromis dépendra du poids électoral des partis à la fibre écologiste et pourrait passer par la fermeture de certaines eaux à la prospection pétrolière, notamment dans l’Arctique. «Je pense qu’une conversion douce est très importante pour conserver les compétences de l’industrie pétrolière dans le cadre d’une transition verte vers les énergies renouvelables», confie Fridtjof Elgesem, un habitant d’Oslo de 29 ans.

Pour Camilla Larsson, 33 ans, le prochain gouvernement devra réduire la production pétrolière pour atteindre les objectifs climatiques. «Cela aura un impact sur les impôts, sur la façon dont on vit en Norvège mais (…) nous sommes hyper privilégiés et nous devons faire des concessions pour le climat», dit cette employée de crèche.

Après huit ans de pouvoir, un record pour les conservateurs norvégiens, et de multiples crises (migrants, chute du cours du baril, Covid-19…), Erna Solberg va vraisemblablement passer le relais. La dirigeante de 60 ans devrait déposer son scrutin en milieu de matinée dans sa ville natale de Bergen (ouest). «Il faut toujours gouverner comme si on devait rester en place pour l’éternité et concevoir de grands projets parce que c’est ça la tâche d’un Premier ministre», a-t-elle dit dimanche au micro de la chaîne NRK. Les premiers résultats provisoires seront connus à 21h00.

(AFP)

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