Clients espionnés? - Les nouveaux scanners de la Coop sont équipés d’une caméra et d’un micro
Publié

Clients espionnés?Les nouveaux scanners de la Coop sont équipés d’une caméra et d’un micro

Le distributeur modernise les dispositifs permettant de scanner soi-même ses articles. Le géant orange refuse de dire ce qu’il compte faire avec les nouvelles fonctionnalités des appareils. Le préposé valaisan à la protection des données conseille de boycotter les magasins qui utilisent ces appareils.

par
ofu
Capture d’écran Zebra

Il y a 16 ans, Coop a lancé son système «Passabene», permettant d’enregistrer ses achats avec l’aide d’un scanner manuel. «L’offre est très appréciée de nos clients», confirme ce jeudi à «Blick» le porte-parole Andrea Ruberti. Raison pour laquelle le distributeur a décidé de moderniser le système. Les scanners actuels seront peu à peu remplacés par des scanners nouvelle génération. Et ce dans tous les supermarchés du pays.

Des recherches du quotidien montrent que les nouveaux dispositifs, déjà mis en circulation dans une filiale de Seewn (SZ), sont équipés d’un microphone et d’une caméra. Interrogé à ce sujet, Coop ne souhaite pas dévoiler ce qu’il compte faire avec ces nouvelles fonctionnalités.

«Actuellement, l’utilisation de ces fonctions n’est pas prévue»

Contactée, l’entreprise française Zebra, qui fabrique les scanners en question, affirme: «La caméra et le microphone peuvent être utilisés pour suivre les déplacements des clients dans le magasin.» Selon la porte-parole Valerie Berrivin, la caméra permet notamment de savoir où le client se déplace dans le magasin, combien de temps il reste dans quel rayon ou combien de temps il prend pour faire ses courses. Le microphone, lui, permettrait aux clients de poser des questions et de recevoir des réponses de la part d’un employé ou d’un assistant digital. Valerie Berrivin tient cependant à préciser que c’est le distributeur Coop qui décide s’il souhaite activer ou non ces fonctionnalités.

Coop a assuré à «Blick» que pour l’heure, ni le micro ni la caméra n’étaient activés. Le porte-parole tient par ailleurs à préciser: «Actuellement, l’utilisation de ces fonctions n’est pas prévue.» Même son de cloche auprès du distributeur Migros, qui va tester encore cette année les scanners de la marque Zebra dans certaines de ses filiales. Il assure tout comme Coop que ses clients ne seront ni traqués ni mis sous écoute.

Pour pouvoir utiliser les nouveaux scanners, les distributeurs nécessiteraient en effet le consentement de leurs clients. Les dispositions relatives à la protection des données devraient par conséquent être adaptées. Ce qui n’est pas le cas: les conditions générales pour les nouveaux appareils sont les mêmes que pour les anciens.

«C’est au client de dire stop»

Malgré toutes les promesses des distributeurs, Sébastien Fanti, préposé valaisan à la protection des données, ne cache pas son mécontentement: «Ce n'est juste pas possible d'utiliser ce type d'appareil. Il faut arrêter avec cela. Il s'agit ici de surveillance en temps réel. On ne sait pas non plus où seront stockées toutes les données. Le préposé fédéral à la protection des données va intervenir, c'est certain.»

Selon Sébastien Fanti, même si les distributeurs décident de ne pas activer la caméra ni le microphone, «ces scanners sans fils n’en sont pas moins piratables». Il estime que l’utilisation de ces appareils est «totalement absurde»: «C'est au client de dire stop. Je n'ai qu'un conseil à donner: boycotter les magasins qui utilisent ces scanners!»

Silvia Böhlen Chiofalo, porte-parole du préposé fédéral à la protection des données, ne peut rien dire de concret au sujet des nouveaux scanners: «Nous ne les connaissons que par les médias.» Elle rappelle cependant que les enregistrements d'images et de sons peuvent être problématiques du point de vue de la protection des données. «Lors du traitement de données personnelles, il faut veiller à ce que les principes de la loi sur la protection des données soient respectés, en particulier la reconnaissabilité du traitement (transparence), la proportionnalité et la finalité. Dans le cas d'enregistrements audio, il faut également veiller à ce qu'ils ne soient pas réalisés clandestinement, car il s'agirait même d'une infraction pénale.»

Ton opinion