Guerre en Ukraine: les Occidentaux se déchirent sur la délicate question du soutien à l’Ukraine
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Guerre en UkraineLes Occidentaux se déchirent sur la délicate question du soutien à l’Ukraine

Alors que les Anglo-saxons veulent affaiblir la Russie, les Européens de l’Ouest s’inquiètent des conséquences. Cette discordance risque-t-elle de virer à la discorde?

Joe Biden (à g.) et Boris Johnson (à dr.), entourant ici Emmanuel Macron, ne semblent plus croire à une solution diplomatique au conflit en Ukraine, alors que la France, comme les autres pays d’Europe de l’Ouest, l’espère encore.

Joe Biden (à g.) et Boris Johnson (à dr.), entourant ici Emmanuel Macron, ne semblent plus croire à une solution diplomatique au conflit en Ukraine, alors que la France, comme les autres pays d’Europe de l’Ouest, l’espère encore.

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Les positions occidentales de soutien à l’Ukraine divergent de plus en plus entre les Anglo-saxons et les Européens de l’Ouest, les premiers poursuivant un objectif stratégique d’affaiblissement de la Russie dont les conséquences potentielles inquiètent les seconds. Joe Biden et Emmanuel Macron résument à eux deux cette discordance. Le président américain a déclaré le 26 mars que Vladimir Poutine «ne peut pas rester au pouvoir», tandis que le Français a dit le 9 mai que la paix ne se ferait pas dans «l’humiliation» de la Russie.

Au-delà des mots, États-Unis et Royaume-Uni abreuvent d’armes l’Ukraine beaucoup plus massivement que le font France ou Allemagne. Washington et Londres sont aussi plus allants que Paris et Berlin sur les sanctions contre Moscou, et ne semblent plus du tout croire à une solution diplomatique au conflit que continuent d’espérer les Européens.

Washington met des dizaines de milliards de dollars pour fournir des armes. «C’est un effet d’aubaine, ils sont en train d’affaiblir la puissance russe sans un soldat américain!» estime Gérard Araud, ancien ambassadeur de France aux États-Unis et aux Nations Unies. «De leur côté, «les Britanniques sont les poissons-pilotes des Américains, depuis le Brexit, ils n’ont plus d’autre politique possible», poursuit-il.

Les risques économiques ne sont pas les mêmes pour tous

Côté européen, «il y a des fissures», reconnaît l’ancien diplomate italien Marco Carnelos, entre des pays de l’Est très hostiles à la Russie pour des raisons historiques, et des Européens de l’Ouest qui soutiennent l’Ukraine agressée, mais sont plus modérés et beaucoup plus exposés aux conséquences de la guerre que Washington. «La question est: quel prix sont prêts à payer les Européens pour un éventuel changement de régime à Moscou?» résume Marco Carnelos. Au-delà du danger d’une escalade militaire, «le prix économique pour arriver à l’objectif américain pourrait être astronomique».

«Du point de vue économique, il y a une vraie asymétrie» entre l’exposition des Anglo-saxons et celle des Européens, Allemands en tête, explique Sébastien Jean, professeur d’économie industrielle au Conservatoire National des Arts et Métiers. «États-Unis, comme Royaume-Uni dans une moindre mesure, sont des producteurs d’énergie significatifs, leur dépendance aux importations est plus limitée», rappelle-t-il.

L’industrie allemande risque d’en pâtir lourdement

Les perturbations de la guerre pèsent «principalement sur les matières premières brutes ou transformées, y compris des intrants importants pour l’industrie», comme le palladium, la potasse, le néo, le nickel, etc. Or, «l’industrie allemande, très puissante mais très énergivore, est très exposée à ce choc», analyse-t-il. «Cela fait voir les choses très différemment», entre le camp des pays riches d’Europe de l’Ouest et le camp des Américains et Britanniques, associés aux pays d’Europe de l’Est.

L’Europe risque-t-elle une fois de plus de se retrouver déchirée? «Le soutien verbal paneuropéen de l’Ukraine cache de grandes différences du soutien matériel, allant de la grande générosité de la Pologne (…) aux livraisons très lentes et faibles de l’Allemagne, et l’Italie au milieu», résume l’historien militaire américain Edward Luttwak sur Twitter. Malgré «ces tensions qui montent en gamme à cause du durcissement américain, cela n’a pas empêché l’UE de prendre des décisions unies jusqu’à maintenant», relève Gérard Araud.

(AFP)

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