Actualisé 04.02.2009 à 10:21

Ethique

Les octuplés américains soulèvent la polémique

Plusieurs experts se demandent comment une jeune mère célibataire qui avait déjà six enfants a pu bénéficier d'une fécondation in vitro.

Les huit bébés nés le 26 janvier près de Los Angeles sont seulement le deuxième cas d'octuplés signalés dans le monde. Un premier cas avait été annoncé en 1998, également aux Etats-Unis, mais l'un des nourrissons était mort à l'âge d'une semaine.

L'attendrissement avec lequel la presse américaine a rapporté ces naissances a laissé la place aux interrogations, particulièrement à l'American Society of Reproductive Medicine (ASRM), un comité professionnel chargé des questions éthiques posées par les traitements de fertilité.

«La presse a vu d'emblée dans la naissance des octuplés un événement heureux, mais une telle quantité de nouveau-nés ne devrait jamais être considérée comme une réussite médicale», observe Sean Tipton, porte-parole de l'ASRM.

«Echec total»

«Il s'agit d'un échec total, qui reflète très mal notre travail», tranche le Dr Suleena Kansal Kalra, spécialiste de l'endocrinologie reproductive à l'Université de Pennsylvanie. «La plupart des médecins ne cherchent pas à provoquer des naissances multiples. Implanter autant d'embryons chez une femme qui est si jeune et a déjà des enfants est totalement irresponsable».

Selon la presse américaine, la mère, Nadya Suleman, est âgée de 33 ans. Avant d'accoucher des octuplés, elle avait déjà mis six enfants au monde également fécondés in vitro, dont des jumeaux. Ces enfants sont aujourd'hui âgés de deux à sept ans.

D'après des directives publiées il y a dix ans par l'ASRM, une femme de cet âge n'aurait pas dû recevoir plus de deux embryons.

«Plusieurs observateurs estiment qu'une femme qui a déjà six enfants ne devrait pas recevoir un traitement médical pour en avoir d'autres, et je pense que cela tombe sous le sens», note le porte- parole de l'ASRM.

Qui a le droit, quand et pourquoi

«Mais cela impliquerait que quelqu'un décide qui a le droit d'avoir des enfants, quand et pourquoi. Il s'agirait d'une évolution majeure et je ne suis pas sûr que nous soyons prêts à franchir ce pas», ajoute-t-il.

Pour l'obstétricien Harish Sehdev, de l'Hôpital de Pennsylvanie, la décision des médecins d'implanter huit embryons chez Mme Suleman relève d'un «manque de sensibilité».

Les naissances multiples sont souvent prématurées: dans le cas californien, les bébés, qui pesaient entre 820 grammes et 1,54 kg, sont nés avec près de 10 semaines d'avance. Cette précocité peut s'accompagner de problèmes aux niveau pulmonaire, intestinal et neurologique ou encore provoquer une cécité.

«Quand se produit une chose pareille, on prie pour que les enfants et la mère s'en sortent mais ce qui m'inquiète c'est que la presse se réjouisse parce que d'autres personnes risquent de vouloir aussi huit bébés d'un coup», ajoute-t-il.

Les détails de la conception et de la naissance des octuplés ne sont pas connus, mais l'ASRM a ouvert une enquête et se réserve le droit de prendre «les mesures qui s'imposent» s'il s'avère que ses directives ont été délibérément violées.

Mais si Mme Suleman se réfugie derrière le secret médical et demande à son médecin de ne pas coopérer avec l'enquête, «personne ne saura ce qui s'est passé», reconnaît M. Tipton.

Cabinet de relations publiques recruté

Mme Suleman a recruté un cabinet de relations publiques, Killeen Furtney, afin de négocier des droits avec les nombreux éditeurs qui l'ont approchée pour qu'elle leur confie son histoire.

«Elle racontera pourquoi elle a voulu avoir huit enfants de plus une fois que nous aurons arrêté une offre», a indiqué un responsable du cabinet, précisant que la jeune maman était toujours à l'hôpital, mais avec «un moral excellent».

(ats)

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