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Les opposants à Loukachenko ont bravé le froid toute la nuit

Les jeunes manifestants ont crié de joie à l'aube quand les lampadaires se sont éteints: ils ont accompli l'impossible, tenir toute la nuit place d'Octobre, à Minsk, sans être chassés par la police.

«Bonjour, bonjour !», se sont lancés les quelque 300 militants demeurés sur la place, désormais aux avant-postes de la contestation contre la réélection dimanche de l'autoritaire président Alexandre Loukachenko sur un score très soviétique de 82,6%.

Engourdis par des températures inférieures à zéro, les jeunes chantaient et dansaient en scandant «liberté, liberté !» devant les premières lueurs de l'aube et le trafic matinal qui s'ébranlait. «C'est une victoire des gens sur la peur», s'est félicité le principal candidat de l'opposition, Alexandre Milinkevitch, resté toute la nuit à leurs côtés.

Le modèle de l'Ukraine

En dressant des tentes et en campant toute la nuit, les manifestants, obsédés par l'exemple de la Révolution orange ukrainienne, ont bravé le président Loukachenko, qui menace de recourir à la force, et marqué une première victoire symbolique.

En décembre 2004, le mouvement populaire ukrainien qui avait obtenu une nouvelle élection présidentielle et l'avènement du candidat pro-occidental Viktor Iouchtchenko après un scrutin entaché d'irrégularités, avait commencé de la même manière à Kiev, autour de tentes.

«En Ukraine, cela a aussi pris forme peu à peu», se souvient Vassily Iermolenka, 20 ans, au milieu de la dizaine de tentes installées sur le pavé glacé. «Beaucoup de gens ont peur. S'ils voient que cela marche, ils vont peut-être nous rejoindre», dit- elle.

Ligne rouge franchie

Une première manifestation dimanche, au soir de l'élection, a rassemblé 10 000 personnes sur la place, un record depuis l'instauration du régime autoritaire de M. Loukachenko en 1994. Lundi soir, la mobilisation s'est essoufflée, avec quelque 4000 manifestants seulement, mais leur détermination restait intacte.

En commençant à dresser des tentes, les jeunes ont franchi la ligne rouge, Loukachenko n'ayant cessé de dire qu'ils ne tolèreraient pas une mobilisation à l'ukrainienne. Autour de minuit, quelques centaines de personnes occupaient toujours la place, pour la plupart des étudiants, disant aspirer à un pays plus occidentalisé et brocardant l'idéologie soviétique du président Loukachenko.

Au plus profond de la nuit, un début d'organisation est devenu perceptible sur la place d'Octobre. Les militants se sont passé des thermos de thé et des biscuits. Une tente a même été aménagée en wc de fortune. «C'est basique, juste des sacs poubelle, mais c'est la liberté !», a souri Tatiana Vlasinko, 25 ans.

Révolution naissante

L'objectif numéro un, c'était de «tenir toute la nuit» sans intervention policière, dit-elle. «Un grand pas en avant», se prend- elle à rêver. Les manifestants se réchauffaient en sautant, en dansant et en entonnant des chansons populaires bélarusses. Certains étaient assis entre les tentes, avec bougies, icône et guitare. «Nous avons fait la fête toute la nuit», se félicitait l'un d'eux.

La police semble avoir été plus dissuadée d'intervenir par la présence des médias internationaux que par les manifestants. Comment désormais transformer une première nuit de bravade en une dynamique organisée, alors que la plupart des journalistes et observateurs internationaux devraient quitter le Bélarus dans les prochains jours ?

«Je ne pense pas qu'une telle manifestation puisse ébranler le régime mais elle sème les graines de la résistance», concédait M. Milinkevitch. (ats)

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