Suisse: Les orateurs étrangers devraient avoir un feu vert
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SuisseLes orateurs étrangers devraient avoir un feu vert

Des poids lourds bourgeois veulent soumettre la prise de parole de politiciens étrangers à une demande d'autorisation. Le PLR et le PS s'y opposent.

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smk/nxp
Daniel Fässler (PDC/AI) a recueilli de puissants soutiens pour sa motion.

Daniel Fässler (PDC/AI) a recueilli de puissants soutiens pour sa motion.

photo: Keystone

L'obligation d'autorisation a été créée dans les années 30 en Suisse pour les orateurs étrangers. Elle a été affinée en 1948 pour répondre à l'agitation communiste et relevait de l'autorité des cantons. Elle a été abandonnée en 1998, étant tombée en quasi-désuétude.

Mais des politiciens influents des partis bourgeois veulent la remettre au goût du jour, comme l'explique le Tages-Anzeiger dans son édition du 4 octobre. C'est notamment l'idée de la motion déposée par le conseiller national Daniel Fässler (PDC/AI), comme l'a révélé l'Ostschweiz am Sonntag.

Un précédent allemand

Le texte est cosigné par Gerhard Pfister et Albert Rösti, les présidents respectifs du PDC et de l'UDC, par Adrian Amstutz, le chef du groupe UDC aux chambres et par son homologue du PBD, Rosmarie Quadranti. Daniel Fässler explique que c'est la manifestation des partisans du président turc Recep Tayyip ­Erdogan à la fin juillet à Cologne qui l'a motivé. Le tribunal constitutionnel allemand avait alors interdit au président turc de s'exprimer par vidéo devant les manifestants.

«Ce n'est pas dans l'intérêt d'une nation neutre qu'un orateur étranger fasse se dresser les citoyens les uns contre les autres», a affirmé Daniel Fässler. Son président Gerhard Pfister a ajouté qu'il voulait ainsi «empêcher que des politiciens étrangers n'importent leur conflit en Suisse.»

Pas pour les imams

Comme le répète Daniel Fässler, l'obligation d'autorisation a fait ses preuves durant 50 ans mais il ne compte pas y soumettre les étrangers vivant en Suisse au bénéfice d'une autorisation de séjour ou de résidence. Il estime également que les prédications d'imams ne devraient pas faire l'objet d'une obligation. «Leurs propos sont tenus dans le cadre privé d'une mosquée», a-t-il indiqué.

Daniel Fässler croit en les chances de sa motion, même si les représentants du PLR et du PS entendent lui barrer la route. «C'est tout à fait exagéré», a jugé le conseiller national Kurt Fluri (PLR/SO). La droit actuel suffit pour encadrer les orateurs. Il préfère miser sur une certaine auto-correction. Dès qu'un orateur commence à se faire connaître pour ses propos, cela finit souvent par l'annulation de son discours.

Roger Nordmann, le chef du groupe socialiste aux Chambres, exprime également ses doutes. «Devrai-je demander une autorisation si un jour j'invite un membre du Parlement allemand à s'exprimer lors d'une manifestation du PS?», demande-t-il. Il ne voit qu'un symbole de la défense nationale du passé et un exemple du «programme bureaucratique des partis de droite».

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