Actualisé 29.10.2013 à 19:41

Espionnage - NSALes «oreilles» de la NSA à Genève démasquées?

Une unité d'élite de la CIA et de la NSA serait stationnée au sein de la mission américaine au siège de l'ONU à Genève. Elle surveillerait les portables, radios et communications satellites.

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Une antenne diplomatique qui sert à faire du renseignement? C'est ce que laissent croire les dernières révélations du magazine «Der Spiegel», relayées mardi par le «Tages-Anzeiger». Une unité spéciale composée de membres de la CIA et de la NSA, baptisée «Special Collection Service» (SCS, Service de collecte spéciale) serait basée dans les locaux de la mission américaine à l'ONU, à Genève.

Le magazine allemand se fonde sur un document, qui date de 2010, rendu public par Edward Snowden, l'ex-consultant de la NSA, qui a mis au jour l'ampleur de la surveillance mondiale mise en place par les Etats-Unis. Selon cet écrit, le SCS de Genève serait une des 80 stations d'écoute installées partout dans le monde.

Passeports diplomatiques

Le document décrit en détail la manière de procéder du SCS: les spécialistes du renseignement voyagent en tant que diplomates et bénéficient de tous leurs privilèges. Ils sont logés dans les ambassades et consulats américains, sans que les employés connaissent leur vraie mission. Les antennes sont installées sur le toit des bâtiments, bien dissimulées.

Interrogé par le «Tages-Anzeiger», le politologue américain installé à Genève Dan Warner estime que les révélations du «Spiegel» sont «plausibles». Il rappelle que la CIA est active en Suisse depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Son coup d'éclat le plus retentissant reste la surveillance de la famille Tinner, qui aidait le Gouvernement libyen à développer son arsenal nucléaire. Les agents avaient fouillé la maison des ingénieurs et les avaient recrutés comme informateurs.

«Pas surprenant»

Du côté suisse, la surprise n'est pas non plus de mise. Dick Marty, ancien conseiller aux Etats PLR et rapporteur spécial pour le Conseil de l'Europe, juge les informations d'Edward Snowden «crédibles» et «précises», selon le quotidien zurichois. Idem pour le conseiller national genevois Carlo Sommaruga (PS), qui dit avoir toujours pensé que la Genève internationale était surveillée. Pour lui, le Service de renseignement suisse (SRC) doit développer ses activités de contre-espionnage, afin que la Délégation des commissions de gestion (ndlr: DélCdG, un groupe de parlementaires qui surveille les activités liées au renseignement et à la sécurité de l'Etat) puisse avoir un aperçu précis de la situation.

Une réunion de la DélCdG est prévue le 18 novembre, au cours de laquelle les activités de la NSA en Suisse seront «certainement abordées» selon son vice-président, le conseiller aux Etats Paul Niederberger (PDC/NW). Le ministre de la Défense, Ueli Maurer, et le chef des SRC, Markus Seiler, devraient y participer. Contacté par le «Tages-Anzeiger», le SRC n'a pas souhaité s'exprimer.

Pas de panique

Interrogé par la RTS, Alexandre Vautravers, professeur à la Webster University et spécialiste de la stratégie militaire, n'est pas plus surpris de ces révélations. Il rappelle que l'information avait déjà fait «quelques remous» il y a trois ans. Quant au nombre de centres d'écoutes dans le monde (80), ce chiffre est élevé. «Il faut toutefois faire la distinction entre le fait d'écouter et l'analyse qui est faite des informations». A ce stade, impossible de savoir comment sont utilisés les enregistrements effectués depuis Genève.

La Suisse est-elle écoutée? «Certainement», dit Alexandre Vautravers, qui pense que le Conseil fédéral est au courant de ce risque et qu'il travaille en conséquence. Enfin, à la question de la légalité des pratiques américaines, le spécialiste explique que le sujet est entre les mains des autorités.

L'ambassadeur des USA devrait être convoqué

La Suisse doit réagir aux écoutes menées par les services de renseignements américains à Genève, exigent plusieurs parlementaires. A l'UDC, on aimerait aller jusqu'à suspendre l'application de l'accord bancaire FATCA.

Plusieurs élus demandent que Berne convoque l'ambassadeur des Etats-Unis et se fende d'une note de protestation. Interrogé par l'ats, le président de la Commission de politique extérieure du Conseil des Etats Hannes Germann (UDC/SH) se rallie à ces revendications, relayées mardi par le «Tages-Anzeiger». (ats)

Mais il ne s'agit que d'une action symbolique. L'UDC pourrait s'imaginer de suspendre l'application de l'accord FATCA, qui obligera les banques suisses à transmettre dès mi-2014 aux Etats-Unis des données sur leurs clients américains. Son parti s'était d'ailleurs battu au Parlement contre ce traité.

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