Naufrage en Méditerrannée: Les parents laissaient couler leurs enfants morts
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Naufrage en MéditerrannéeLes parents laissaient couler leurs enfants morts

Les témoignages continuent à affluer, après le naufrage de migrants le plus meurtrier des dernières années.

Trois jours de survie au milieu de la mer à boire de l'urine, à voir ses compagnons mourir et les parents «laisser glisser» dans l'eau les corps de leurs enfants morts : un des dix rescapés du naufrage de migrants le plus meurtrier en Méditerranée a raconté à l'AFP leur supplice.

«Le troisième jour, les gens ont commencé à devenir fous», témoigne de Crète Mohamed Raad, un Palestinien de 23 ans qui avait embarqué à bord du bateau transportant au moins 500 migrants ayant fait naufrage il y a une semaine au sud-est de Malte, dans les eaux internationales.

Il a été récupéré vendredi soir par un porte-conteneurs, puis transféré au port crétois de La Canée avec cinq autres rescapés, deux Palestiniens, un Egyptien, une Syrienne et une fillette de deux ans, sans doute également syrienne.

Les jours de cette dernière, hospitalisée à Héraklion dans un état critique, n'étaient plus en danger mercredi soir, à indiqué l'hôpital à l'AFP. Il s'agit du seul enfant rescapé du naufrage, parmi une centaine qui se trouvaient à bord, selon les témoignages des rescapés recueillis par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Deux nuits et trois jours dans le froid

Ayant eu la chance de trouver un gilet de sauvetage, M. Raad se souvient d'avoir somnolé, et rêvé : «je rentrais dans un hôtel pour réserver une chambre et j'ai commencé à enlever mon gilet de sauvetage, mais j'ai soudain réalisé que j'étais en train de couler et j'ai remis le gilet».

Au milieu des flots, «nous sommes restés deux nuits et trois jours dans le froid, la soif, la peur», raconte à l'AFP le jeune homme.

Après le naufrage du bateau, «80 à 90 personnes» se sont retrouvées au milieu des flots à lutter pour leur survie. «Les femmes et les enfants avaient soif, les hommes ont uriné dans des bouteilles pour qu'ils boivent».

«Nous nous sommes réunis en petits groupes mais chaque jour, des gens mouraient (...) Il était très difficile de s'accrocher les uns aux autres. Deux personnes sont venues vers moi et ont demandé à prendre mon gilet de sauvetage», confie M. Raad.

«Certains avaient leurs enfants avec eux, quand ils mouraient ils les laissaient juste glisser dans l'eau...»

Des passeurs emboutissent le navire

Dans des récits concordants, plusieurs survivants affirment que les passeurs ont embouti le bateau quand ses passagers ont refusé de se laisser transvaser sur une embarcation qui leur semblait trop petite et trop fragile.

«Je n'ai pas vu le bateau qui nous a percutés. J'étais sur le pont inférieur et je ne voyais rien. J'ai entendu crier et hurler. Cela n'a pas duré longtemps. Le bateau n'a pas mis une minute à couler».

Les disparus -syriens, palestiniens, égyptiens et soudanais- espéraient gagner l'Italie. Mohamed était parti de Gaza : «Depuis que je suis né, je n'ai jamais vécu une seule journée heureuse. Toujours la tyrannie, la guerre, le chômage et ne pas savoir quand nous serons tués». (afp)

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