Elections: Les partis ratissent large grâce à leur section jeunes

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ElectionsLes partis ratissent large grâce à leur section jeunes

Les politiciens en herbe s'éloignent parfois de leurs aînés du même bord. Une stratégie qui peut être payante, notamment en vue des Fédérales.

par
Julien Culet
Pour l'élection du Conseil national, les voix jeunes sont regroupées avec celles des aînés.

Pour l'élection du Conseil national, les voix jeunes sont regroupées avec celles des aînés.

Dépénalisation du cannabis, instauration d'un mariage homosexuel, fin du service militaire. Ce n'est pas le programme d'un parti de gauche mais celui des jeunes libéraux-radicaux genevois pour les élections fédérales du 18 octobre. Les jeunes pousses du PLR se situent en effet sur une ligne bien éloignée de celle du parti principal concernant les questions sociétales. «Nous sommes plus libéraux concernant ces sujets», explique Darius Azarpey, 22 ans, chef de file de la relève. Établi en toute indépendance, le programme a ensuite été soumis au comité directeur du PLR, uniquement dans un rôle consultatif. Quelques réserves ont été émises. «C'est sûr que si nous devions avoir la majorité, nous n'y arriverions pas», reconnaît le municipal de Collonge-Bellerive.

Les jeunes du PLR ne sont pas les seuls à se distancer de leur parti-mère. La Jeunesse socialiste (JS), traditionnellement plus à gauche que leurs aînés, se sont eux durement opposés à leur conseillère d'Etat Anne Emery-Torracinta en janvier dernier. Mécontents de la magistrate chargée de l'éducation, ils avaient notamment rédigé un tract lui signifiant des heures de retenue. Ils avaient aussi activement participé aux manifestations des étudiants. «C'est notre rôle d'être assez critiques vis-à-vis du PS et de ses élus. Être collégial les amène à prendre des positions qui ne correspondent pas à l'esprit socialiste», avance Gabriel Millan, 18 ans, chef des jeunes du PS. Ces derniers n'ont aucun compte à rendre aux «adultes», même si, comme à droite, ce sont eux qui les financent en grande partie.

Toucher un électorat plus large

Les présidents des partis concernés disent tenir à l'indépendance de leur jeunesse. «C'est important d'avoir des jeunes dynamiques, qui s'engagent et se forment à la politique», estime Alexandre de Senarclens, chef du PLR. «Ils ont le rôle d'aiguillon du parti. Quand notre JS est trop sage, nous sommes tristes», indique pour sa part la présidente du PS Carole-Anne Kast, elle aussi passée par la case Jeunesse socialiste. Cette dernière bénéficie d'une grande liberté de forme et de ton. «Dans l'exemple de la retenue infligée à Anne Emery-Torracinta, on peut difficilement imaginer une initiative similaire de la part d'un parti traditionnel», explique la maire d'Onex.

Dans le cadre des élections fédérales, les listes de jeunes sont sous-apparentées à celles des partis-mères. Les voix sont donc regroupées dans le décompte final. «Avec la JS, nous pouvons toucher un public plus jeune, moins sensible au discours généraliste, sans qu'il y ait de concurrence avec le PS», indique Carole Anne Kast. Si le président du PLR affirme ne faire aucun calcul politique, le chef de la section jeune reconnaît lui que «se positionner sur des thèmes complémentaires permet au parti de ratisser large».

Une audace pas faite pour durer

Le politologue genevois Pascal Sciarini confirme cette relation gagnant-gagnant: «Tous les partis cherchent à jouer la carte jeunes. Cela peut être très bénéfique si on arrive à les toucher puisqu'ils votent deux fois moins que leurs aînés». Difficile toutefois d'imaginer que les membres de ces sections influencent leurs partis une fois basculé chez les «adultes», à la trentaine. «En prenant de l'âge, on a tendance à devenir plus raisonnable. Ce d'autant plus lorsque l'on est confronté à la «Realpolitik», qu'il faut être collégial et rassembler les électeurs», poursuit le professeur de l'université de Genève.

Magistrat POP vaudois attaqué par les siens

Dans le canton de Vaud, les jeunes popistes se sont opposés en août à l'évacuation du Sleep-In de Renens, où logeaient des migrants. Une décision des municipalités de Lausanne et de Renens. Dans cette dernière, Didier Divorne, chargé de la Sécurité sociale, est élu POP. «Le parti n'a pas pris position. En être détaché nous a donné la liberté de nous exprimer», explique le chef de la section jeune Gael Vuillème. Une section qui est toutefois très proche de ses aînés. Le politologue Pascal Sciarini indique que c'est généralement le cas aux extrêmes. «Quand le parti est déjà très tranché, il est difficile de l'être plus. Même si les jeunes UDC sont plus à droite que leur parti», précise-t-il.

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