Océanie - Les «passeports dorés», industrie No 1 du Vanuatu
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OcéanieLes «passeports dorés», industrie No 1 du Vanuatu

Les demandes de naturalisation express contre cash affluent dans l’archipel pauvre, dont un bon nombre émane d’individus louches, révèle «The Guardian».

Devenir citoyen d’un autre pays en ouvrant grand son portefeuille? C’est possible dans quelques États. Chypre ou le Portugal, par exemple, déroulent le tapis rouge aux investisseurs. Mais nulle part la pratique des «passeports dorés» n’est aussi développée qu’au Vanuatu. Le vaste archipel de seulement 300’000 habitants a naturalisé 2200 personnes l’an passé, révèle The Guardian. Contre 130’000 fr. environ, les formalités sont bouclées en un mois… sans même se rendre sur place.

Le quotidien britannique a eu accès à la liste de ces nouveaux citoyens: une tour de Babel de businessmen et d’ex-­politiciens. On y trouve aussi des profils louches: deux frères sud-africains accusés d’une énorme escroquerie aux cryptomonnaies, un Italien soupçonné d’avoir détourné 15 millions au Vatican, des hauts fonctionnaires algérien, syrien ou nord-coréen… et même l’ex-Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj.

Toutes les portes s’ouvrent

Tous ont dès lors accès à quantité de pays sans visa (y compris la Suisse). «Et ils peuvent aussi créer des entreprises et réseaux dans le Pacifique, région qui devient un hub du trafic de drogue», souligne Jose Sousa-Santos, expert de la sécurité en Océanie. Le Vanuatu n’imposant ni le revenu, ni les entreprises, ni la fortune, c’est l’endroit rêvé pour le blanchiment. Cerise sur le gâteau: les naturalisés peuvent demander à changer d’identité.

Interrogé, un responsable vanuatais a nié que des individus inquiétés par la justice ou des responsables de pays sous sanctions aient reçu la citoyenneté par ce biais. Un démenti contredit par l’enquête du Guardian.

Une citoyenneté vendue à vil prix

Les «passeports dorés» sont controversés au Vanuatu, un des pays les plus pauvres du monde. Pour une partie de la population, qui se remémore la lutte pour l’indépendance (en 1980), on vend leur citoyenneté à vil prix. D’un autre côté, le système apporte de l’oxygène à une économie étranglée par la dette. Il est ainsi devenu la plus grosse source de revenus de l’État: 42% l’an dernier. En pleine pandémie, le Vanuatu a même dégagé un excédent.

(arg)

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