Actualisé 16.05.2008 à 09:47

«Les pauvres sont dégueulasses»

«Les pauvres sont dégueulasses ils polluent»: Cette accroche publicitaire en faveur de la voiture propre a indigné les associations d'aide aux démunis qui ont promptement demandé l'arrêt de la campagne.

Dans la foulée, l'annonceur promettait une voiture «moins chère que la moins chère du marché».

Ce message a été publié par le loueur de voitures Ucar qui fait campagne pour le rajeunissement du parc automobile et le rétablissement de la prime à la casse, au nom de la lutte contre la pollution.

"Nous savons bien qu'il faut une dose de provocation pour qu'une publicité soit remarquée, convenait jeudi auprès de l'AFP le délégué général d'Emmaüs Patrick Dugois, mais comme par hasard on s'en prend aux pauvres". Et de s'exclamer: "Le publicitaire aurait tout aussi bien pu titrer +les riches sont dégueulasses, ils polluent avec leurs 4x4+ mais non, il accuse les pauvres!"

"Emmaüs et d'autres associations travaillent depuis des années à changer justement le regard sur les pauvres, sur ceux qui sont des sans-voix et sur lesquels on ne peut pas s'essuyer les pieds de cette façon", a ajouté M. Dugois.

Quant au Secours catholique, il "déplore fortement qu'une société commerciale stigmatise une population fragile à des fins purement publicitaires". "Le respect des personnes en situation de précarité est le préalable nécessaire et indispensable à tout travail de lutte contre l'exclusion", selon l'association.

De son côté, le Pdg de la société Ucar, Jean-Claude Puerto-Salavert, a admis, auprès de l'AFP, une dose de provocation dans le choix du message tout en se recommandant des mânes de Coluche, le fondateur des Restos du coeur, qui avait parlé des "salauds de pauvres".

Pour lui, "la pollution automobile n'est pas un problème de conscience écologique mais de pouvoir d'achat". Il prend donc "l'engagement de sortir une voiture moins chère que la moins chère du marché" pour faciliter le renouvellement du parc automobile.

Actuellement, explique-t-il, une voiture de 15 ans coûte 180 euros par mois hors carburant. Ce budget suffit pour acheter une petite voiture propre si les pouvoirs publics ajoutent une prime à la casse pour que les vieilles voitures soient retirées de la circulation.

A Martin Hirsch, ancien président d'Emmaüs et actuel haut Commissaire aux Solidarités actives, qui s'indignait de cette publicité faite "sur le dos des pauvres", il propose de "monter avec les associations un équivalent automobile des Restos, c'est-à-dire leur offrir des journées gratuites de location qu'elles mettraient à la disposition des gens qui ont besoin d'une voiture, par exemple pour trouver un travail". Les "caisses du coeur" en quelque sorte.

Le message sur les pauvres "dégueulasses" était une campagne "ponctuelle" avec deux parutions prévues, dans le Monde, daté de jeudi, et dans le Parisien, daté de vendredi, parution à laquelle ce dernier a finalement renoncé.

AFP

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