28.11.2016 à 17:50

TransportsLes perdants du «mobility pricing» laissés à leur sort

Berne veut faire raquer les pendulaires pendant les heures de pointe. Sans penser à ceux qui ne peuvent pas adapter leurs horaires.

de
David Maccabez
Selon les estimations, les quais de gare seront toujours plus bondés.

Selon les estimations, les quais de gare seront toujours plus bondés.

Keystone/Ennio Leanza

Payer plus quand on prend la voiture ou le train aux heures où route et rail sont saturés. C'est la volonté du Conseil fédéral. Prédisant une augmentation de 30% du trafic d'ici à 2030, il souhaite mieux le ­répartir dans la journée. Le gouvernement est conforté dans son idée par une étude, publiée récemment (lire encadré) et Genève, Berne et le Tessin, entre autres, se sont dits prêts à lancer des projets pilotes.

Mais certains parlementaires ont des doutes. Le conseiller national Jean Christophe Schwaab (PS/VD) a ainsi interpellé le gouvernement. Il lui a posé une question simple: que prévoit-il pour ceux qui ne peuvent pas adapter leurs horaires? La réponse est claire: rien. Les Sages estiment en effet qu'il appartiendra aux milieux économiques de s'adapter et de ­flexibiliser le travail et de mieux utiliser le potentiel à leur disposition. Patrick Eperon, porte-parole du Centre patronal vaudois, est scandalisé: «Le gouvernement refile la ­patate chaude à l'économie. Des améliorations sont possibles, mais il ne faut pas attendre de miracle. Le monde du travail s'est déjà flexibilisé. Et dans certains corps de métier, c'est tout bonnement impossible!»

Un avis que partage l'Union suisse des arts et métiers, qui ajoute que l'application de la tarification de la mobilité sera lourde et très bureaucratique. «L'industrie, grand utilisateur du transport par la route, ne doit pas être punie», s'insurge son porte-parole, Bernhard Salzmann.

Atout marketing pour les patrons

Economiesuisse soutient quant à elle le mobility pricing. «La tarification de la mobilité ne signifie pas que les prix augmenteront nécessairement aux heures de pointe, mais qu'ils peuvent baisser pendant les heures creuses», précise sa directrice romande, Cristina Gaggini. Par ailleurs, elle estime que des modèles de travail flexibles sont aussi favorables aux employeurs, qui deviennent ainsi plus attrayants, surtout en cas de pénurie de main-d'œuvre.

Sages soutenus par les spécialistes

Les conclusions des experts indépendants d'Infras sont sans appel: mobility pricing et flexibilisation du travail sont les meilleurs moyens de désengorger la route et les transports publics. Le covoiturage ou les cours aux étudiants par internet sont aussi des pistes à explorer. Seulement, economiesuisse souligne que les travailleurs sont un peu réactionnaires. «Certains ont la possibilité d'aménager leurs ­horaires de travail mais ne le font pas», explique Cristina Gaggini.

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