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GenèveLes petits allergiques priés d'apporter leur repas

Depuis lundi, les élèves intolérants aux fruits à coques ne peuvent plus manger les mêmes repas que leurs camarades.

par
Maria Pineiro
Photo prétexte.

Photo prétexte.

Keystone/Gaetan Bally

«Ma fille a encore pu manger à la cantine aujourd'hui, mais on m'a prévenue. Si mardi, je n'apporte pas un panier repas, elle restera dehors.» Cela fait une semaine que Silvia ne décolère pas. Une responsable du parascolaire lui a indiqué par téléphone, dit-elle, que son aînée, intolérante aux noix, ne pourrait plus manger les plats servis à la cantine à partir de lundi. Les parents concernés doivent désormais préparer les repas et goûters des enfants allergiques aux fruits à coques à la maison. En cause, une nouvelle directive. Ou plutôt, la mise en application plus stricte d'une règle qui existait déjà, mais était suivie avec plus ou moins de souplesse. A savoir que les élèves qui ne doivent pas manger de noix, cacahuètes ou autres aliments de la même famille ne peuvent plus avoir accès à la nourriture servie à tous les enfants. Cette disposition n'est valable que pour les aliments dont on peut soupçonner qu'ils sont présents sous forme cachée dans des préparations industrielles.

Les conditions générales du Groupement intercommunal pour l'animation parascolaire (GIAP) précisent que dans le cas où les parents fournissent à l'élève un tupperware, «l'équipe parascolaire veille, en collaboration avec le personnel du restaurant scolaire, à ce que l'enfant puisse prendre son repas dans de bonnes conditions». Manifestement, pour Silvia, les choses ne se sont pas tout à fait passées comme prévu. «Comment voulez-vous qu'on s'organise en moins de dix jours? A deux semaines de Noël, c'est la course.» La maman déplore le manque d'informations entourant les modalités de ce changement: «On ne nous a rien dit quant à la possibilité de réfrigérer ou de réchauffer les repas de nos enfants. Pour l'heure, ce changement signifie que ma fille mangera des sandwiches tous les midis, alors que tout se passait bien depuis des années. Je ne comprends pas cette volonté d'atteindre le risque zéro à tout prix.»

Deux incidents ont poussé au changement

Pourquoi ce changement en cours d'année scolaire? Nicolas Diserens, le directeur du GIAP, explique avoir dû «faire face à deux cas de chocs allergiques depuis la rentrée scolaire qui ont mis en danger l'intégrité physique des élèves. Nous sommes responsables de la santé des enfants qui nous sont confiés. Le risque était trop important». Cette mesure concerne 80 bambins, sur les quelque 27'000 inscrits. Seuls les enfants dont l'allergie aux fruits à coques est doublée par l'utilisation d'un auto-injecteur de type Epipen dans les prescriptions médicales sont ciblés. Le directeur admet qu'il s'agit d'une contrainte supplémentaire pour les familles, mais il se veut rassurant: les enfants allergiques mangent avec leurs petits camarades. Il indique par ailleurs que les aliments amenés peuvent être conservés au frigo et réchauffés. Quant au manque d'information relevé par Silvia, il s'inscrit en faux. «Un courrier a été envoyé fin novembre.»

Une plainte est parvenue à la Fédération des associations de parents d'élèves de l'école obligatoire. Sa secrétaire générale, Anne Thorel-Ruegsegger, dit «comprendre le besoin du GIAP de gérer la sécurité alimentaire. Il est compliqué de servir de la nourriture qui a été élaborée ailleurs. Néanmoins, la communication pourrait être améliorée, notamment au vu des différentes strates de décision.»

Silvia, elle, ne sait pas comment elle va trouver le temps de gérer cette nouvelle obligation dans un emploi du temps surchargé. Elle espère que le traitement de désensibilisation aux allergies que suit sa fille lui permettra de profiter pleinement de la cantine dans un avenir proche. «Je ne vois actuellement pas de raisons pour qu'elle ne mange plus de cordons bleus ou de pâtes bolognaise.»

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