Actualisé 19.01.2010 à 17:02

Séisme en Haïti

Les pillards volent tout dans les ruines fumantes

Le quartier commercial du centre de Port-au-Prince était complètement livré aux pillards lundi.

Seuls ou en bandes, ils volent tout dans les ruines fumantes. Les rares policiers haïtiens qui patrouillent dans le quartier sont impuissants.

«Rue du centre», des pillards ont trouvé la perle rare: un magasin d'étoffes pas encore pillé. Une dizaine d'hommes masqués escaladent les ruines pour entrer dans le magasin. Les grands rouleaux de tissus qu'ils ont trouvés à l'intérieur sont jetés du haut des décombres aux compères postés dans la rue.

A dix mètres de là, trois vigiles privés pointent leurs fusils à pompe dans la direction des voleurs pour les dissuader de s'attaquer au grand magasin de vêtement qu'ils protègent, l'un des rares encore debout.

Les pillards s'en vont tranquillement avec leurs rouleaux sur l'épaule. Dans une rue adjacente, un coup de feu retentit. Ils courent. Puis reviennent calmement finir le travail, en toute impunité. Un deuxième coup de feu ne les dissuade en rien de continuer leur larcin.

Tenter de rétablir le calme

Aux abords des ministères et du Palais national, dans ce quartier commercial du centre qui a été le plus durement touché par le séisme, aucun des GI's qui patrouillent en Hummer dans la périphérie de la capitale ne sont visibles. Il n'y a qu'une poignée de policiers haïtiens incapables de remettre de l'ordre.

Lundi après-midi, une patrouille de police haïtienne tentait de rétablir le calme dans la rue Jean-Jacques Dessalines, où les pompiers ont dû éteindre un incendie qui se propageait dans les ruines.

Un jeune a été interpellé puis battu par les policiers, a constaté un journaliste de l'AFP. Un autre a dû vider par terre le contenu de son sac pour repartir libre.

Mais, dès que la police repart, les pillages reprennent dans un décor de guerre, que les coups de feu qui résonnent ne font qu'accentuer.

Loi du plus fort

A quelques centaines de mètres du campement du Champs-de-Mars, des pilleurs se glissent dans les interstices d'un immeuble effondré. Un homme rampe à plat ventre sous les décombres entre deux dalles en béton fortement inclinées. D'une main il arrive à extraire un gros carton, puis deux, puis trois, qu'il ramène dans la rue.

Ses amis se jettent sur ce nouveau trésor: des chaussures neuves encore enveloppées dans leur sachet en plastique. Il y a des sandales et des contrefaçons de chaussures de foot Nike. Cinq hommes se bagarrent pour récupérer ce paquet qui sera vidé en quelques secondes.

Un vieil homme assiste à ces scènes, dépité. «Je veux reprendre mes biens dans ma maison mais les voleurs m'en empêchent. Ils m'ont déjà presque tout volé: mon riz, mes spaghettis, mon lait», dit-il, découragé.

«Plus rien pour vivre»

Un autre habitant du quartier est armé d'une planche de bois. Il ordonne aux pilleurs de quitter les lieux, sans succès. «C'est très dangereux et il ne faut pas voler les biens des propriétaires», explique Cheneil Basile, 24 ans.

Devant lui, un jeune revend à un homme qui passe l'une des deux paires de fausses Nike qu'il vient de voler. Ce sera 100 gourdes, soit trois dollars américains.

«Toute ma famille est morte. Je n'ai plus rien pour vivre», dit Donald qui porte un maillot bleu, un jean noir et des sandales blanches. «Je ne peux rien manger. C'est pour ça que je vends les baskets.»

Selon un soldat de l'armée de l'air américaine qui escorte une équipe de sauveteurs dans un autre quartier, «ça commence à devenir dangereux, il suffit d'une personne pour exalter toute une foule», dit-il sous couvert d'anonymat.

Une scène de pillage à Port-au-Prince

(ats)

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