Genève: Les pilotes d'Etihad ouvrent un conflit syndical

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GenèveLes pilotes d'Etihad ouvrent un conflit syndical

Les employés de la compagnie d'aviation tapent du poing sur la table. Ils veulent de meilleures conditions de travail.

par
Jérôme Faas
Etihad Regional opère des vols vers la France, l'Italie et l'Espagne.

Etihad Regional opère des vols vers la France, l'Italie et l'Espagne.

Le quotidien des pilotes de ligne, chez Etihad Regional (nouveau nom de Darwin Airline), ressemble peu à l'image d'Epinal d'une profession de golden boys privilégiés. Dans la compagnie aérienne tessinoise (dont l'émiratie Etihad Airways détient un tiers des parts), les pilotes gagnent entre 45'000 et 95'000 fr. par an, explique le syndicat SSP. Et à les entendre, leur qualité de vie ne fait pas rêver: plannings connus quelques jours avant leur entrée en vigueur et sujets à de quotidiennes modifications; vacances extrêmement compliquées à prendre, ou distribuées de force à la dernière minute; absence de convention collective. Ce mardi, ces employés ont rendu public leur mécontentement.

«Quand on veut deux semaines de vacances consécutives comme le prévoit la loi, on ne peut pas», proteste l'un. «Depuis le 1er octobre, il m'a été notifié plus de quinze changements de planning», peste l'autre. «On nous impose parfois trois jours de vacances en milieu de semaine», constate un troisième. «On ne peut plus prendre de rendez-vous chez le médecin, ni planifier quoi que ce soit avec la famille», déplore l'un de ses collègues.

Grève évoquée

Selon Jamshid Pouranpir, une quarantaine de pilotes, sur les 109 qu'emploie la compagnie, sont syndiqués auprès du SSP. «Nous voulons maintenant des signaux concrets pour ne pas arriver à la situation d'Air France.» Selon le secrétaire syndical, une grève n'est pas encore à l'ordre du jour, «mais le mot revient avec de plus en plus d'insistance dans les conversations.»

Il exige des «signaux concrets: une convention collective, les vacances fixées trois mois à l'avance et d'une durée minimum de deux semaines, et des salaires réévalués». Jamshid Pouranpir évoque ainsi un copilote rémunéré «4600 francs par mois fois douze, un chiffre inouï». En 2011, les employés avaient par ailleurs accepté une baisse de traitement de 7,5%. «A l'époque, on était fier de contribuer à sauver notre compagnie, commente un pilote. Mais justement, on a dit oui pour cela, pas pour engager des Serbes et des Italiens moins chers.»

«La priorité n'est plus la sécurité»

Si les pilotes admettent qu'en termes de planification, les normes de sécurité sont respectées, ils affirment également que «la compagnie joue tellement avec les limites qu'il y a des excès. Cela arrive partout, mais là cela arrive de plus en plus souvent. On est dans la culture du bricolage. Le niveau d'amateurisme est tel que des milliers de francs partent en fumée, et pas à cause de la concurrence de Swiss ou d'EasyJet. Et ce n'est malheureusement plus la sécurité, mais la flexibilité des pilotes qui est devenue la priorité de notre compagnie.»

La compagnie se dit prête à discuter

Pour l'heure, Etihad Regional, autrement dit Darwin Airlines, n'a pas répondu à nos sollicitations. Dans ses différents courriers au syndicat SSP, le vice-président du conseil d'administration Fabio Parini lui reproche son «agressivité», son «intention d'aller au conflit» et son «absence de volonté d'écouter les explications et les arguments». Il affirme à plusieurs reprises «la volonté et la disponibilité de la compagnie pour discuter». Et il assure que l'entreprise s'engage à remédier «dès que possible» à toute non-conformité en matière de vacances et de planification dont elle pourrait être tenue responsable. «Mais cela doit se faire en gardant l'accent sur le fonctionnement efficace de l'entreprise , dont la finalité est la sauvegarde de l'intérêt de tous les employés.»

Le rejeton de Fly Baboo

Etihad Regional opère des vols intérieurs et vers la France, l'Italie et l'Espagne. La compagnie est inscrite au registre du commerce tessinois sous l'appellation Darwin. Elle est issue de Fly Baboo, créée en 2003 par Julian Cook.

Darwin Airline emploierait à ce jour 109 pilotes, 66 membres du personnel de cabine et 85 personnes au sol. Sa flotte est constituée de 6 SAAB et quatre ATR.

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