Suisse: Les prescriptions de Ritaline explosent, des experts s’inquiètent
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SuisseLes prescriptions de Ritaline explosent, des experts s’inquiètent

Les Suisses consomment de plus en plus de Ritaline, prescrite contre le trouble du déficit d’attention avec hyperactivité (TDAH). Les experts tirent la sonnette d’alarme.

par
Marino Walser
Daniel Graf
Seline Bietenhard
ofu
En Suisse, la vente de médicaments contre le TDAH a fortement augmenté.

En Suisse, la vente de médicaments contre le TDAH a fortement augmenté.

20 Minuten/Simon Glauser

Impulsivité, besoin excessif de bouger et manque de concentration: lorsque les enfants et les adultes présentent de tels symptômes, il n’est pas rare qu’un médecin leur atteste un trouble du déficit d’attention avec hyperactivité (TDAH).

Or les caisses maladie tirent désormais la sonnette d’alarme: jamais autant de médicaments contre le TDAH n’ont été prescrits en Suisse. Il y a cinq ans en arrière, précise un récent communiqué de la caisse maladie Swica, près de 50% de personnes en moins se faisaient traiter avec de la Ritaline ou des substances actives similaires qu’en 2021. Plusieurs autres grandes caisses maladie ont confirmé ces chiffres à nos confrères de «20 Minuten».

Le TDAH, c’est quoi?

Selon Thomas Müller, de la société suisse pour le TDAH, l’une des causes de cette augmentation est la pression de la performance dans notre société. «La société a le besoin de s’optimiser à l’aide de médicaments.» Il tient cependant à préciser: «Dans la grande majorité des cas, le traitement médicamenteux est justifié», affirme Thomas Müller.

Mais selon l’expert, il existe aussi des erreurs de diagnostic. Ceux-ci seraient notamment dus au grand nombre d’examens médicaux effectués. «Aujourd’hui, beaucoup plus de personnes se font dépister pour le TDAH qu’il y a encore 15 ans», explique Thomas Müller. Ce n’est pas seulement la pression de la performance, mais aussi la sensibilisation au trouble qui conduit à de nombreux diagnostics, selon lui.

Un phénomène sur TikTok

Le trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité serait devenu une «maladie à la mode». Selon Thomas Müller, la radio et la télévision ne sont pas les seules responsables de cette sensibilisation à la maladie. Les médias sociaux y contribuent également. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la plateforme vidéo TikTok pour s’en rendre compte. On y observe un véritable engouement pour le TDAH. Dans diverses vidéos, des jeunes gens racontent comment ils se sont aperçus qu’ils étaient atteints de TDAH.

Selon Susanne Walitza, pédopsychiatre à la clinique psychiatrique universitaire de Zurich, cet engouement se constate également auprès des adultes. Elle explique l’augmentation des traitements médicamenteux de la manière suivante: «Il y a 15 ans, on pensait que le TDAH finissait par s’estomper avec le temps. Donc ceux qui étaient encore des enfants à l’époque se font désormais dépister pour le TDAH à l’âge adulte.»

«Réfléchir à d’autres possibilités de traitement»

L’expert en santé Felix Schneuwly qualifie cette augmentation drastique d’effrayante: «Si le phénomène continue à prendre de l’ampleur, nous devons réfléchir à d’autres possibilités de traitement. Il n’est pas acceptable qu’une société entière soit sous traitement médicamenteux. Nous avons un problème de société avec les charges et les maladies psychiques, que nous ne pouvons pas résoudre uniquement avec la médecine», déclare Felix Schneuwly.

«Une dépendance peut se créer»


Philipp Ramming, ancien président de l’Association suisse de psychologie de l’enfant et de l’adolescent, s’inquiète également de cette évolution: «La Ritaline peut aider, mais elle doit toujours être accompagnée de mesures de conseil et de thérapie.» Or, depuis des années et de manière encore plus marquée avec le coronavirus, les psychologues pour enfants et adolescents sont surchargés. La prise en charge ne serait plus toujours assurée de manière adéquate. «Si les professionnels étaient mieux rémunérés, de sorte qu’ils aient plus de temps, il y aurait très probablement moins de prescriptions de Ritaline.»

En raison de la surcharge de travail, les spécialistes n’ont souvent pas d’autre choix que de prescrire le médicament sans thérapie. «C’est alors une loterie absolue. Cela peut aider, mais cela peut aussi conduire à ce que seuls les symptômes soient combattus pendant des années et qu’une dépendance au médicament s’installe», met en garde Philipp Ramming.

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