Actualisé 26.09.2018 à 06:41

Assurances

Les primes maladie au rabais, un piège?

Choisir son modèle d'assurance est un casse-tête. Deux tiers des Suisses ont choisi une offre alternative pour profiter des rabais. Mais des effets pervers peuvent apparaître.

de
Pauline Rumpf
Les rabais sont souvent liés à une restriction du choix pour le patient.

Les rabais sont souvent liés à une restriction du choix pour le patient.

Keystone

Face à la nouvelle hausse des primes, vous serez peut-être tenté de choisir un modèle d'assurance «alternatif», comme 66% de la population en 2016, selon SantéSuisse. Mais difficile de s'y retrouver, et de comprendre d'où viennent les rabais offerts.

Médecin de famille, réseau de soin ou télémédecine

Le modèle parallèle principal est le «médecin de famille», qui convainc 40% des assurés. «C'est lui qui détecte le mieux les variations chez le patient, estime Jean-Paul Derouette, président de l'association d'assurés Assuas. La confiance en son thérapeute est importante, et peut jouer un effet placebo.» Les caisses maladie se retrouvent aussi dans ce système, puisqu'il permet une baisse des coûts d'environ 20%, selon SantéSuisse.

L'offre du réseau de soin (HMO) gagne en ampleur (13% des Suisses), même si elle limite le choix des thérapeutes pour le patient. Des effets pervers sont aussi évoqués par les praticiens (lire encadré).

Finalement, le modèle qui favorise la télémédecine (13%) est encore plus contraignant. «Je ne le choisirais pas pour mes enfants, affirme Jean-Paul Derouette. Je ne connais pas un seul médecin sérieux qui pose un diagnostic sans avoir vu un patient... Ça permet de faire le tri, mais rien de plus.»

«S'adapter aux besoins des patients»

Pour les caisses, la diversité de ces modèles permet d'abord de faire «jouer la concurrence et de s'adapter aux besoins des patients», explique Christophe Kaempf, porte-parole de SantéSuisse. Chaque assureur peut passer des contrats spécifiques avec les réseaux de médecins ou de pharmacies, et ainsi maîtriser les coûts.

Mais Jean-Paul Derouette critique ce pouvoir: il cite par exemple le cas d'un médecin ayant préféré annuler une facture plutôt que de risquer d'être «blacklisté» par les assurances.

«Les réseaux de soins sont à la limite de la déontologie»

De nombreuses caisses proposent des rabais si le patient s'en tient à une liste de médecins ou de pharmacies avec qui elles ont passé des accords. Certains fonctionnent selon une «capitation»: un budget est fixé avec le médecin selon le nombre de patients et les risques estimés; si son bilan est au dessous de cette somme, il touchera un bonus financier; sinon, un malus, explique le porte-parole de SantéSuisse.

«C'est à la limite entre business et déontologie», estime Jean-Paul Derouette. Un médecin lausannois qui souhaite rester anonyme explique ne pas faire partie d'un tel réseau pour ne pas être limité. «Je ne pourrais pas travailler correctement. Être forcé d'aller trop vite pourrait même être dangereux, en passant à côté d'un diagnostic.»

Choisir sa franchise, c'est faire un pari

Entre une franchise à 300fr. et celle à 2500fr., le choix est difficile. «Pour une personne aisée et en bonne santé, c'est facile, explique le président d'Assuas. Mais pour un étudiant, par exemple, ça devient cornélien. La franchise haute peut être un pari, mais il faut avoir des réserves en cas de coup dur.» Et d'expliquer que les polices comprises entre ces deux extrêmes ne sont pas un bon calcul: «on n'est pas malade à moitié», sourit-il. A noter qu'un projet actuellement sur la table à Berne propose qu'un assuré qui choisit une franchise soit tenu de garder ce seuil pendant 3 ans.

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