France voisine - Les promeneurs invités à devenir des observateurs scientifiques
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France voisineLes promeneurs invités à devenir des observateurs scientifiques

Au pied du Salève, sur le chemin de Compostelle, plusieurs arbres sont équipés de QR code. Une expérience de science participative.

par
Maria Pineiro
mpo

Sur le GR65, alors que le chemin de randonnée longe le Salève non loin de Genève, le promeneur est sorti de la rêverie par un panneau triangulaire jaune pétant, planté au pied d’un hêtre. Le marcheur, forcément intrigué par cette présence pour le moins incongrue en ces lieux, est invité à scanner un QR code, puis à répondre à quelques questions simples: les bourgeons du végétal sont-ils tous fermés ou certains sont ouverts? Si quelques feuilles sont visibles, alors, il faut encore estimer le pourcentage de bourgeons éclos. Puis, une fois ces observations sommaires établies et transmises, ce qui prend une ou deux minutes, la randonnée peut reprendre.

Questions ciblées

La portion du chemin de Compostelle située le long de la montagne abrite trois de ces panneaux dans le cadre du programme «Aux arbres citoyens». Une initiative du Centre de recherches sur les écosystèmes d’altitude (CREA), basé à Chamonix. «Il s’agit d’un projet de science participative qui vise à étudier le rythme saisonnier des plantes», explique Colin Van Reeth, écologue et responsable du pôle de sciences participatives au CREA. Le principe est simple, demander à la population d’observer la végétation et de transmettre ses constats. «Sur chaque panneau, le QR code permet d’envoyer la personne sur une app’, poursuit le scientifique. Des questions très ciblées sont posées. Une fois transmises, les réponses sont analysées par les spécialistes.»

Observations en augmentation

La méthode permet de multiplier les observations d’un même végétal par des regards différents et d’aboutir à des constats «moins dépendants de la subjectivité d’un seul individu, probablement plus proches de la réalité que si une seule personne transmettait sa perception», souligne Colin Van Reeth. Le dispositif a ainsi été déployé depuis 2019 sur cinq zones test, des lieux fréquentés, dont le pied du Salève et le Vuache. Et ça marche! Aux arbres citoyens prend de plus en plus d’ampleur. En 2019, 325 observations ont été transmises. L’année suivante, elle se montaient à 849. Enfin, depuis début 2021, ce ne sont pas moins de 616 réponses qui sont parvenues au CREA.

Sur le panneau, un QR code à flasher pour répondre à quelques questions.

Sur le panneau, un QR code à flasher pour répondre à quelques questions.

mpo

Extension en Valais?

Pour l’heure, le programme, contrairement à son grand frère Phénoclim (lire encadré), ne concerne que la Haute-Savoie, mais il vise à s’étendre sur l’arc alpin, notamment à d’autres pays que la France. «Nous avons constaté que cela marchait bien et voulons déployer le projet, confirme Colin Van Reeth. Des discussions sont en cours avec le Valais.»

Participer à la recherche

Lausanne, les Paccots ou encore Leysin. Ces trois sites ont en commun d’abriter des institutions, comme le gymnase Auguste Piccard à Pully, participant à Phénoclim. Ce programme de science participative né en 2004 s’est depuis étendu à de nombreux massifs montagneux, des Alpes du Nord aux Pyrénées. Comme Aux arbres citoyens, il se base sur les observations de profanes. La différence réside dans le fait que les observations sont menées sur des terrains privés. Des personnes et des institutions sont inscrites. Chaque participant observe un certain nombre de végétaux, proches de lui. Les constats sont donc, dans ce cas, établis par une seule personne ou un petit groupe.

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