Genève – Les promoteurs vendaient des appartements fantômes
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GenèveLes promoteurs vendaient des appartements fantômes

Des dizaines de millions engloutis, des brassées de lésés: le procès immobilier du siècle est lancé.

par
Jérôme Faas
La salle de concert du Palladium a été transformée, pour trois semaines, en salle d’audience.

La salle de concert du Palladium a été transformée, pour trois semaines, en salle d’audience.

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Le procès du plus gros scandale immobilier du siècle à Genève a débuté hier. Un exemple plante le décor: de 2010 à 2014, les deux promoteurs prévenus d’escroquerie ont encaissé 423 acomptes de réservation pour un projet qui comptera... 61 appartements. Ils auront ici obtenu indûment 22,7 millions, dont 18,4 millions en cash, à coup, très souvent, d’enveloppes de 50 000 francs.

Cinq hommes sont jugés par le Tribunal correctionnel: les trois administrateurs d’une entreprise générale qui a fait faillite en 2013 en laissant derrière elle 22 millions de francs d’ardoise et des dizaines de villas inachevées; et les promoteurs qui travaillaient avec eux, à qui l’on reproche d’avoir volé 27 millions à leurs clients, des Genevois lambda.

Le gros de ce premier jour a été consacré aux requêtes de Mes Pascal Pétroz et Nicola Meier, avocats des promoteurs, qui voulaient faire inclure Credit Suisse au procès, au motif que sa surveillance lacunaire de l’entreprise générale aurait permis le fiasco (lire l’encadré). La procureure Caroline Babel Casutt s’en est irritée. «On tente de vous noyer pour vous faire oublier qu’on a soi-même fait des réservations sur des logements qui n’ont jamais existé!» Même agacement du côté des lésés. Me Olivier Adler fustige «un écran de fumée». Me Alec Reymond abonde: «On pousse très loin les limites de la fantaisie. Mes clientes se sont fait voler chacune 50 000 fr. Peut-on faire plus simple que ça?» Le procès se poursuivra sans la banque.

Procès à rallonge pour 188 lésés

Les victimes des déviances des promoteurs et du crash de l’entreprise générale sont des centaines; or, «seuls» 188 plaignants participent au procès. «On a tout fait pour que les clients renoncent à aller au pénal», a grondé le Parquet. Pour accueillir cette foule de lésés, le Palladium, une salle de concert, a été réquisitionné. Il a semblé bien vide: la plupart des plaignants ont demandé à être dispensés et ne veulent pas être entendus. «Les gens changent d’avis tous les jours», a regretté la présidente. Les débats dureront trois semaines.

Credit Suisse tancé

«Credit Suisse a fait tout faux, ça c’est vrai», a asséné le Ministère public. Il a très mal contrôlé l’entreprise générale, tâche à laquelle il était pourtant tenu, laissant passer factures grossièrement contrefaites et absence de comptabilité. Pour cela, il a été dénoncé à la Finma, l’autorité de surveillance des marchés, mais l’issue de cette procédure reste inconnue. Me Nicola Meier, conseil des promoteurs, est excédé. «S’il faut faire le procès de l’immobilier, alors il faut faire celui de tous les acteurs!»

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