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Géopolitique Les puissants soutiens des deux camps rivaux libyens

D'un côté le Golfe, l'Egypte et de façon ambiguë la France, de l'autre l'Italie ou la Turquie: le maréchal Haftar et le chef du gouvernement de Tripoli bénéficient chacun de puissants appuis étrangers.

AFP/Mahmud Turkia

Les camps rivaux du maréchal Khalifa Haftar et du chef du gouvernement de Tripoli Fayez al-Sarraj bénéficient chacun de puissants appuis étrangers en Libye. Il y a d'un côté des pays du golfe Persique, l'Egypte et de façon ambiguë la France et de l'autre, l'Italie et la Turquie.

Homme fort de la Cyrénaïque (est), le maréchal libyen Khalifa Haftar, dont les forces sont engagées dans une offensive pour prendre la capitale Tripoli, jouit du soutien de l'Egypte, des Emirats arabes unis, et plus récemment de l'Arabie saoudite, s'accordent les experts.

«Auparavant, l'Arabie soutenait discrètement le général Haftar tout en soutenant publiquement le gouvernement de Tripoli reconnu par la communauté internationale, mais fin mars, de manière significative, le roi Salman a invité le chef militaire libyen à Ryad», rappelle à l'AFP Neil Partrick, spécialiste des pays du golfe Persique.

Alliés de la première heure, «les Emirats et l'Egypte ont tous deux fourni des armes» à M. Haftar au nom de la lutte contre l'islam radical, ajoute-t-il.

Jeu ambigu de Paris

«Le duo Arabie saoudite-Emirats arabes unis est en train de procéder à une normalisation autoritaire dans le monde arabe, du Yémen jusqu'à la Libye en passant par l'Egypte», commente Ali Bensaâd, professeur à l'institut français de géopolitique à l'université Paris 8.

Quant à la France, qui entretient des liens étroits avec Ryad, Abou Dhabi et Le Caire, elle se pose en médiateur entre les deux camps libyens, mais est accusée de favoriser sur le terrain le camp du maréchal Haftar.

En juillet 2016, Paris avait dû annoncer la mort de trois de ses militaires dans un accident d'hélicoptère en Libye, où ils menaient une mission de renseignements auprès de forces de l'homme fort de l'Est libyen.

«La position française est ambiguë: Paris a formellement signé cette semaine un communiqué commun avec Washington, Londres, Rome et Abou Dhabi [appelant les parties libyennes à la retenue, ndr], mais soutient de facto M. Haftar», affirme Arturo Varvelli, de l'institut d'études politiques internationales (ISPI) de Milan.

Paris n'est plus un médiateur

Le gouvernement d'union nationale de M. Sarraj s'est implanté à Tripoli en 2016 avec le soutien de l'ONU et des pays occidentaux dont la France. Depuis, Paris a endossé un habit de médiateur politique et a organisé deux rencontres entre les dirigeants libyens rivaux, en juillet 2017 puis en mai 2018.

Malgré tout, le maréchal Haftar semble conserver les faveurs de la France, dont le président Emmanuel Macron a fait de la lutte antiterroriste une priorité de son quinquennat. Ainsi, Paris a récemment salué les «progrès significatifs» accomplis par les forces de Khalifa Haftar dans le sud du pays contre les djihadistes et les groupes criminels.

«La France ne joue plus le rôle de médiateur», déplore Ali Bensaâd. «Je m'inquiète de cette nouvelle posture de la France en Libye: son alliance stratégique avec les pays du Golfe la pousse à épouser leurs stratégies géopolitiques».

Italie, Turquie et Qatar

Le gouvernement d'union nationale (GNA), dirigé de Tripoli par Fayez al-Sarraj et reconnu par la communauté internationale, bénéficie du soutien de l'Italie, ex-puissance coloniale jalouse de son influence et de ses intérêts économiques. «Ce soutien a pour priorité l'assèchement des flux de migrants» en provenance des côtes libyennes, explique Arturo Varvelli.

En outre, «historiquement, les Italiens ont toujours entretenu de très bons rapports avec Tripoli et sa région», renchérit Ali Bensaâd, en pointant «les intérêts pétroliers» de Rome en Libye, pays riche en hydrocarbures où les géants pétroliers italien Eni et français Total bataillent pour des gisements près de Syrte et dans l'ouest du pays.

Du côté des puissances régionales, M. «Sarraj a le soutien de la Turquie et du Qatar, mais un Qatar affaibli actuellement par son isolement» diplomatique vis-à-vis de ses voisins du golfe Persique, notamment l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, commente l'universitaire.

«Le conflit en Libye a viré à une guerre par procuration entre ces pays du Golfe et le Qatar, qui soutient le gouvernement de Tripoli dominé par les islamistes», estime James Dorsey, chercheur à la S. Rajaratnam School of International Studies de Singapour. (ats)

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