Lausanne: Les raëliens se jettent à l’eau pour libérer les tétons

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LausanneLes raëliens se jettent à l’eau pour libérer les tétons

Samedi, une manifestation est organisée à la piscine de Bellerive pour dénoncer l’interdiction faite aux femmes de se baigner seins nus. L’identité de l’organisateur interpelle.

par
Xavier Fernandez
Dans les piscines lausannoises, strings et topless sont interdits uniquement lors des déplacements ou de la baignade (photo prétexte).

Dans les piscines lausannoises, strings et topless sont interdits uniquement lors des déplacements ou de la baignade (photo prétexte).

Pixabay

À une époque où les questions de genre suscitent bien des débats, le règlement de certaines piscines a de quoi interpeller. À Lausanne, par exemple, alors que les hommes ont l’obligation de se découvrir le torse pour se baigner, les femmes ont l’obligation de cacher leur poitrine. Afin de dénoncer cette distinction basée sur le sexe des baigneurs, une manifestation est organisée samedi à Bellerive. À cette occasion, il sera demandé aux femmes de tomber le haut et aux hommes d’en porter un par solidarité.

Cette initiative part de l’organisation internationale gotopless.org, qui se bat pour le droit des femmes de pratiquer le topless, partout où les hommes peuvent le faire. Et, aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est le mouvement raëlien – dont la doctrine se fonde sur la prétendue rencontre entre son fondateur et des extraterrestres – qui en est à l’origine.

«C’est une stratégie de marketing»

«Il est vrai que le lien entre les aliens et le port d’un haut de maillot de bain à la piscine ne saute pas forcément aux yeux. Mais les raëliens prônent aussi l’amour libre et l’absence de complexes face à la nudité», explique Jörg Stolz, sociologue à l’Université de Lausanne. Pour ce dernier, néanmoins, il s’agit surtout pour ce mouvement de «faire le buzz» et attirer l’attention des médias. «Les raëliens s’associent volontiers aux manifestations qui ont le vent en poupe, comme la Pride, leur but étant de recruter de nouveaux adeptes. C’est une stratégie marketing», poursuit le sociologue.

Dans un autre registre, Jörg Stolz relève également un étrange retour en arrière pour ce qui est de se baigner les seins nus, sans toutefois parvenir à l’expliquer. «En Suisse, jusque dans les années 1950, les valeurs étaient très conservatrices. Puis, les années 1960 ont apporté beaucoup de libérations, que ce soit en matière de vêtements, de coupes de cheveux ou d’émancipation des femmes. À cette époque et jusque dans les années 1980, la nudité était davantage acceptée et il y avait bien plus de femmes topless sur les plages qu’aujourd’hui. On peut donc parler d’une forme de régression qui contraste avec d’autres valeurs devenues plus libérales, par exemple l’acceptation de l’homosexualité.»

Lausanne envisage de modifier

Avant tout, la Ville de Lausanne tient à préciser que c’est uniquement lorsqu’elles se déplacent ou se baignent, et pas lorsqu’elles sont sur leur linge, que les femmes doivent cacher leurs seins et leurs fesses, les strings étant également interdits. «Le règlement traduit une sensibilité au corps dénudé revenue au cours des années 2000. Cela évolue aujourd’hui, mais il ne faut pas perdre de vue que nous devons composer avec toutes les sensibilités», explique Patrice Iseli, chef du Service des sports. Sans se prononcer sur le bien-fondé de toutes ces règles, ce dernier souligne que «le règlement actuel différencie effectivement les tenues selon le genre. Cette question va être abordée de manière pragmatique dans la révision, qui est en cours, du règlement. Les éventuelles modifications seront ensuite présentées au Conseil communal.» À noter que la Ville n’a reçu aucune demande d’autorisation pour la manifestation de samedi.

«C’est aussi important que le droit de vote»

Lucie, coordinatrice de gotopless.org en Suisse et raëlienne, explique que l’organisation a certes été fondée par Raël, mais qu’«elle regroupe aujourd’hui des milliers de membres, dont une partie n’a pas de liens avec le mouvement». Concernant la «rencontre» à la piscine de Bellerive, elle commente que «cette thématique a été choisie au vu de l’actualité européenne. Que ce soit en France, en Allemagne ou ici, en Suisse, la question du topless a fait beaucoup de bruit cet été.» Si Lucie reconnaît que son combat pour la liberté des tétons peut «paraître anodin en comparaison avec d’autres sujets, comme la guerre», il est néanmoins «aussi important que celui pour le droit de vote des femmes. On invoque toujours l’indécence au moment de justifier cette emprise sur le corps des femmes. Mais ce qui est vraiment indécent, c’est ce non-respect au droit à l’égalité des sexes, pourtant protégé constitutionnellement.»

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