Corée du Nord: Les raisons derrière le défilement de Kim Jong-Un

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Corée du NordLes raisons derrière le défilement de Kim Jong-Un

La décision de Kim Jong-Un de renoncer aux célébrations de la victoire sur l'Allemagne nazie le 9 mai à Moscou tient davantage au souci du régime de contrôler l'image de son leader qu'à des menaces d'instabilité intérieure.

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07.07.2016 La Corée du Nord a estimé vendredi que les sanctions financières prises la veille par Washington contre Kim Jong-Un équivalaient à une «déclaration de guerre».

07.07.2016 La Corée du Nord a estimé vendredi que les sanctions financières prises la veille par Washington contre Kim Jong-Un équivalaient à une «déclaration de guerre».

AP/Wong Maye-e
06.07.2016 Les Etats-Unis ont annoncé mercredi des sanctions financières contre le leader nord-coréen Kim Jong-Un pour violations des droits de l'homme.

06.07.2016 Les Etats-Unis ont annoncé mercredi des sanctions financières contre le leader nord-coréen Kim Jong-Un pour violations des droits de l'homme.

epa/Kcna
02.06 Le communiqué publié par l'ONU mercredi condamne les deux tirs d'avril ainsi que celui conduit mardi qui s'est soldé par un nouvel échec.

02.06 Le communiqué publié par l'ONU mercredi condamne les deux tirs d'avril ainsi que celui conduit mardi qui s'est soldé par un nouvel échec.

Kcna

En annonçant l'annulation de la venue du jeune dirigeant nord-coréen, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov avait invoqué des «questions de contingence intérieure».

Le Kremlin n'a donné aucune précision supplémentaires sur les motifs de défection de Kim mais les termes «contingence intérieure» semblaient faire référence à des difficultés politiques rencontrées par le régime.

«Je n'y crois pas du tout», assène Andrei Lankov, un fin connaisseur de la Corée du Nord. «Il n'y a pas de signe de dissidence collective au sein de la direction. (Kim) a remplacé ses hauts gradés militaires et sa position semble très solide», affirme ce professeur de l'université Kookmin de Séoul.

Pour de nombreux observateurs, sa future visite à Moscou avait été perçue comme un signe de la volonté de Pyongyang de réduire sa dépendance à l'égard de la Chine, son principal allié, et de se rapprocher de Moscou, qui a multiplié les signes de soutien.

Kim aurait dû effectuer à cette occasion son premier voyage officiel à l'étranger depuis son arrivée au pouvoir à la mort de son père Kim Jong-Il en décembre 2011.

Agenda modeste

Son agenda diplomatique reste relativement modeste: il a bien reçu des responsables chinois à Pyongyang, mais la personnalité la plus en vue qu'il ait jamais accueillie est sans doute l'ancien basketteur américain Dennis Rodman.

Les manifestations du 9 mai à Moscou, boudées par la plupart des dirigeants occidentaux en raison du rôle attribué à la Russie dans le conflit ukrainien, lui donnaient l'occasion d'apparaître aux côtés du Chinois Xi Jinping, de l'Indien Narendra Modi ou encore du Cubain Raul Castro.

«Finalement je crois que c'est peut-être ça le vrai problème», avance Yang Moo-Jin, professeur de l'Université des études nord-coréennes à Séoul. «Ce jeune homme ne s'est jamais frotté à aucun dirigeant étranger et tout à coup il comprend qu'il doit en rencontrer plein à la fois», un contexte idéal pour un impair médiatisé, explique-t-il.

La dynastie communiste au pouvoir en Corée du Nord règne d'une main de fer sur ce pays hermétique et secret depuis plus de six décennies et le culte de la personnalité y est abondamment pratiqué.

Kim Jong-Un s'est montré plus spontané que son père Kim Jong-Il qui détestait s'exprimer en public, mais ses apparitions sont millimétrées et les photos ou vidéos le mettant en scène sont minutieusement calibrées avant d'être diffusées.

Peur de la confrontation

«Il semble assez impulsif, il est possible qu'il ait vraiment eu l'intention d'aller à Moscou. Mais les chausse-trappes sont réelles. Même la Russie ne pouvait garantir le niveau de contrôle des médias auquel il est habitué», précise Andrei Lankov.

«Il existe toujours le risque d'un face-à-face avec un dirigeant étranger ouvertement hostile qui pourrait décider d'exprimer osentensiblement son rejet à des fins de pure politique intérieure».

Moscou annulé, la plupart des analystes conviennent que Kim Jong-Un devrait connaître son baptême du feu diplomatique lors d'un sommet bilatéral, probablement à domicile car les Kim n'ont jamais été très forts sur les voyages.

Le grand-père de Jong-Un, Kim Il-Sung, fondateur de la Corée communiste, s'est rendu dans la plupart des pays du bloc soviétique mais la chute du mur de Berlin et l'effondrement de l'URSS ont considérablement réduit l'éventail de destinations pour Kim Jong-Il qui lui succéda en 1994.

Pour ne rien arranger Kim Jong-Il détestait prendre l'avion et limitait ses sorties à des déplacements en train blindé en Russie et en Chine.

Sanctions internationales

La Chine, principal allié diplomatique et bailleur de fonds de Pyongyang, devrait maintenant être un choix naturel pour Jong-Un comme première étape étrangère de sa jeune carrière autocratique.

Mais les relations entre Pékin et Pyongyang se sont tendues ces dernières années devant l'entêtement de la Corée du Nord à se doter de l'arme nucléaire, entraînant une batterie de sanctions internationales.

La première visite sur la péninsule coréenne du président chinois Xi Jinping en tant que chef d'Etat fut l'an dernier pour le sud capitaliste. «Je pense quand même que la première rencontre au sommet de Kim se fera avec la Chine», estime Paik Hak-Soon du Sejong Institute. «C'est le seul pays qui peut apporter son aide économique au Nord, et Kim le sait très bien». (afp)

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