Crise en Ukraine: Les réfugiés boudent Genève pour les villes alémaniques
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Crise en UkraineLes réfugiés boudent Genève pour les villes alémaniques

Le Canton du bout du lac n’accueille pas encore le nombre de réfugiés qui lui revient, soit 5,8% des 49’000 personnes arrivées en Suisse. Un rattrapage est en vue.

par
Maria Pineiro
Les réfugiés ukrainiens doivent aller s’enregistrer dans les centre d’asile fédéraux pour pouvoir obtenir le permis S, rappelle l’Hospice général. 

Les réfugiés ukrainiens doivent aller s’enregistrer dans les centre d’asile fédéraux pour pouvoir obtenir le permis S, rappelle l’Hospice général. 

Laurent Guiraud

«La situation géopolitique s’aggrave, la guerre s’enlise», a déclaré vendredi matin, Thierry Apothéloz, conseiller d’Etat chargé de la Cohésion sociale (DCS) lors d’un point presse consacré à l’arrivée des réfugiés ukrainiens. L’élu a ainsi affirmé que les autorités genevoises se préparaient à devoir accueillir les personnes fuyant la guerre «pour des séjours longs». Dans cette optique, elles comptent sur l’apport des particuliers pour les héberger. «Nous devrons nous montrer vigilants quant à l’essoufflement potentiel des familles d’accueil sur la durée», a souligné le magistrat.

Genève doit rattraper son retard

Après les premières semaines qui ont vu nombre d’entre elles se proposer pour loger des Ukrainiens, les services et institutions «mettent de l’ordre dans les listes établies préalablement, a expliqué Christophe Girod, directeur de l’Hospice général (HG).  Au final, nous aurons vraisemblablement entre 1500 et 2000 places chez des particuliers». Un nombre qui ne suffira pas à répondre au besoin.

En effet, à la mi-mai, la Suisse a enregistré quelque 49’000 réfugiés ukrainiens. Parmi eux, 5,8% - soit 2850 - sont attribués à Genève. Mais, pour l’heure, seuls 2456 personnes sont effectivement officiellement établies au bout du lac. Le Canton va donc devoir combler son retard afin d’accueillir le nombre de permis S qui lui sont dévolus. «Les Ukrainiens se sont massivement arrêtés dans les villes alémaniques, comme Berne, Bâle ou Zurich, plutôt qu’à Genève. Sans doute parce que la diaspora y est plus importante», a expliqué Thierry Apothéloz. 

Bureaux, bâtiments et constructions modulaires

À terme, les projections tablent sur 140’000 arrivées en Suisse d’ici fin 2022, dont 8000 pour Genève. Le défi est donc de trouver des locaux et des lieux afin de loger les personnes venant d’Ukraine, car les seules familles n’y suffiront pas, quand bien même les autorités espèrent voir leur nombre augmenter. L’Hospice général, qui accueille les réfugiés arrivant à Palexpo, travaille également à moyen et long termes sur divers types de solutions.

Dans un premier temps, ses services ont prospecté des surfaces de bureau et des bâtiments. «Nous espérons pouvoir bénéficier de 1000 places en septembre», a avancé Christophe Girod. Pour ce faire, il faut encore finaliser les plans, obtenir les autorisations de construire, puis procéder aux transformations. «Les discussions ont été ouvertes, des propriétaires sont venus vers nous pour nous faire des propositions», s’est félicité Thierry Apothéloz, précisant que des baux aux conditions visées avaient pu être signés.

Double flux de réfugiés attendus

À plus longue échéance, il est envisagé de loger les réfugiés ukrainiens dans des structures modulaires construites sur des terrains. Une dizaine d’entre eux ont été repérés. Mais les autorités n’en diront pas plus, manifestement par peur de voir une levée de boucliers avant d’avoir pu concrétiser ces opportunités. Ces dernières constructions ne seront disponibles que dans 12 à 18 mois au minimum, s’ils ne sont pas retardés par des oppositions.

Pour Genève, comme pour la Suisse, le défi de l’accueil des 140’000 Ukrainiens attendus va se doubler de celui de l’arrivée d’un nombre important de personnes qui relèvent de la procédure d’asile ordinaire. Quelque 20’000 personnes sont attendues dans le pays cette année, soit des chiffres importants au regard des exercices précédents. 

 

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