Genève: Les remplacements au primaire boudés par l’informatique

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GenèveLes remplacements au primaire boudés par l’informatique

Les enseignants galèrent à trouver des personnes pour prendre en charge leurs classes lors d’absences. Un député dénonce une gestion obsolète.

par
Maria Pineiro
Les enseignants cherchent souvent eux-mêmes des remplaçants.

Les enseignants cherchent souvent eux-mêmes des remplaçants.

Getty Images

Un standard téléphonique ouvert 2h30 par jour sans répondeur, l’impossibilité de faire des demandes par mail ou l’ouverture des inscriptions à des dates aléatoires et non annoncées, malgré la pénurie de candidats. Voici, résumé à gros traits, ce qu’instituteurs et remplaçants reprochent au Service des remplacements (Serep) de l’enseignement primaire à Genève. «C’est surréaliste», s’indigne Pierre Nicollier. «Interpellé par plusieurs enseignants», le député PLR a demandé un état des lieux au Conseil d’État.

Un système obsolète

La réponse à sa question urgente écrite décrit un office qui semble ne pas avoir encore franchi le pas de la digitalisation. Le Département de l’instruction publique reconnaît «une part trop importante de la gestion du personnel (…) réalisée au travers de processus manuels». Une organisation obsolète que confirme Francesca Marchesini: «Le système de facturation à la carte jaune relève du Moyen Âge». Pour la présidente de la SPG, le syndicat des enseignants du primaire, le service est également «en sous-effectif».

Appel au système D

«Quand on a été malade toute la nuit, il est compliqué d’attendre 6h30 pour faire sa demande», illustre Francesca Marchesini. Pour pallier la difficulté de trouver un remplaçant pour les absences, les enseignants se tournent vers le système D. Listes personnelles ou partagées entre collègues via des messageries, voire un groupe Facebook dédié permettent souvent de trouver une personne sans avoir à s’adresser au Serep. Le groupe FB, totalise 3700 membres. Les professeurs y postent leurs demandes et échangent directement avec les remplaçants potentiels.

Le syndicat menace

«On se repose sur la bonne volonté des professionnels sans leur donner les outils nécessaires», critique Pierre Nicollier. À tel point que la SPG a voté en juin une résolution sous forme d’ultimatum. Qualifiant la situation «d’inacceptable», elle exige que le Service offre les prestations requises, notamment en élargissant les horaires du standard téléphonique ou en répondant aux demandes par mail. Faute de quoi, le syndicat indique que ses membres «cesseront tout simplement de recruter du personnel et se contenteront d’annoncer leur absence à leur hiérarchie».

Du côté vaudois

Du côté du Grand Conseil, Pierre Nicollier se tourne vers le canton de Vaud, qui dispose de plateformes digitales dédiées aux remplacements. «Il est inacceptable que cette question ne soit pas encore réglée, tonne le député. C’est une question de priorité.» Selon lui, il suffirait de prendre langue avec le canton voisin pour utiliser son système. «On met le montant nécessaire sur la table et on engendre directement des économies en plus d’un meilleur service.» Il compte bien remettre la question sur le tapis à la rentrée scolaire, qui devrait voir les enseignants continuer devoir compter sur le système qui a prévalu jusqu’à présent.

Dossier prioritaire

Au niveau du DIP, le ton n’est pas à l’évitement de la problématique. Le Département reconnaît que «le système actuel, qui a bien fonctionné à une certaine époque, a atteint ses limites et démontré son obsolescence». Il admet par ailleurs qu’il «y a eu ces derniers temps des situations de remplacements ponctuels non satisfaits».

Pourtant, le problème est connu depuis de nombreuses années. Dans sa réponse à Pierre Nicollier, le département a indiqué qu’en «2015, les premiers travaux ont été initiés en vue de moderniser les outils de gestion des remplacements». Mais ils se sont heurtés à l’incapacité des services informatiques du canton de répondre à des demandes qui dépassent ses capacités.

Pour le DIP, le dossier est désormais «une priorité de ressources humaines qui fait partie des projets stratégiques du département». L’objectif est d’avoir des «propositions concrètes à la rentrée 2023».

Vaud a un coup d’avance

Elle s’appelle Mireo et est utilisée depuis la rentrée 2017. Elle, c’est une plateforme qui permet «le traitement de bout en bout, dans une seule application, des dossiers et des paiements pour les remplacements de l’école obligatoire», détaille Giancarlo Valceschini, Directeur général de l’enseignement obligatoire et de la pédagogie spécialisée du canton de Vaud. Tout y est: inscriptions, disponibilités, zones géographiques, disciplines, degrés d’enseignement, etc. Selon le responsable, Mireo «permet très clairement de gagner du temps et de l’efficacité».

Mireo n’est pas à vendre. À en croire Giancarlo Valceschini, elle fonctionne comme un module annexe qui s’inscrit dans le système d’information propre à l’État de Vaud. Elle ne peut donc pas être opérationnelle de manière autonome dans un autre canton. 

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