Birmanie: Les Rohingyas encore sous la menace d'un génocide
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BirmanieLes Rohingyas encore sous la menace d'un génocide

Un rapport publié à Genève, lundi, tire la sonnette d'alarme sur la situation de la minorité musulmane des Rohingyas.

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Des crimes de guerre ont bien été commis contre les Rohingyas mais pas de génocide, assure un rapport d'enquête birman lundi. (20 janvier 2020)

Des crimes de guerre ont bien été commis contre les Rohingyas mais pas de génocide, assure un rapport d'enquête birman lundi. (20 janvier 2020)

AFP
L'ancienne icône de la démocratie Aung San Suu Kyi comparait devant la Cour internationale de justice mardi pour défendre la Birmanie, accusée par d'autres pays de «génocide» contre les Rohingyas. (Mardi 10 décembre 2019)

L'ancienne icône de la démocratie Aung San Suu Kyi comparait devant la Cour internationale de justice mardi pour défendre la Birmanie, accusée par d'autres pays de «génocide» contre les Rohingyas. (Mardi 10 décembre 2019)

Keystone
Aung San Suu Kyi, à gauche, est accueillie par un représentant du Myanmar à son arrivée à l'aéroport de Rotterdam, aux Pays-Bas. (8 décembre 2019)

Aung San Suu Kyi, à gauche, est accueillie par un représentant du Myanmar à son arrivée à l'aéroport de Rotterdam, aux Pays-Bas. (8 décembre 2019)

AFP

Les 600'000 Rohingyas qui se trouvent toujours en Birmanie restent confrontés «à une menace de génocide», selon la Mission d'établissement des faits de l'ONU sur ce pays. Dans un rapport publié lundi à Genève, celle-ci met à nouveau en cause l'armée.

«La menace de génocide continue», affirme le président de la Mission Marzuki Darusman. Les trois enquêteurs estiment que la situation de la minorité musulmane dans l'Etat de Rakhine s'est encore détériorée depuis un an. Pas de quoi constituer des conditions suffisantes pour le retour du près d'un million de réfugiés qui ont fui au Bangladesh.

Dans un précédent rapport, les trois enquêteurs avaient demandé des poursuites contre six hauts responsables de l'armée pour génocide, actes qui ont provoqué des milliers de victimes. Selon M. Darusman, la Birmanie a échoué à «prévenir le génocide», à mener des investigations et adopter une législation adaptée pour punir ces atrocités.

Dans le rapport publié lundi, la Mission conclut que les groupes ethniques ont tous été, certes différemment, confrontés à des discriminations et des violences de l'armée birmane.

Dans sa lutte contre les rebelles de l'Armée d'Arakan, les militaires ont notamment continué d'isoler les communautés de l'Etat de Rakhine. L'assistance humanitaire et l'accès à de la nourriture est toujours difficile.

Données au nouveau mécanisme

Dans les Etats de Shan et Kachin, la torture et les mauvais traitements contre de présumés rebelles sont toujours observés. De même que des violences sexuelles.

La Mission a interrogé environ 1300 témoins depuis deux ans. Elle cible encore à nouveau les intérêts économiques de l'armée, qui contrôle plus de 100 entreprises.

Au total, 45 sociétés et organisations lui ont de leur côté donné plus de six millions de dollars pour lancer les violences de 2017. Des dizaines d'entreprises étrangères ont fait affaire avec elle et celles de plusieurs pays lui ont vendu des armes.

«Il est important» d'empêcher de nouvelles violations des droits de l'homme perpétrées par l'armée, estime l'une de ses membres Radhika Coomaraswamy. Les trois enquêteurs ont désormais fait suivre leurs données au nouveau Mécanisme d'enquête indépendant pour la Birmanie, opérationnel depuis quelques semaines à Genève et qui devra préparer des dossiers pour de possibles poursuites devant des tribunaux.

Outre les responsables de l'armée mentionnés il y a un an, la Mission a établi une liste confidentielle de plus de 100 personnes qui auraient perpétré des crimes internationaux. «Il faut un terme au scandale de l'inaction internationale», insiste le membre de la Mission Christopher Sidoti.

Rôle de l'Etat

Les enquêteurs répètent que le rôle de l'Etat birman est engagé et que celui-ci devrait en répondre devant la Cour pénale internationale (CPI). Ils appellent à nouveau le Conseil de sécurité de l'ONU à saisir cette juridiction ou établir un tribunal spécial.

De son côté, la rapporteuse spéciale Yanghee Lee s'est dite «extrêmement inquiète» après des indications de représailles contre des personnes qui collaborent avec l'ONU, dans le pays comme en dehors de la Birmanie. Depuis janvier, des victimes de violences indiscriminées ont encore été observées.

Des villages ont été détruits par l'armée qui n'a pas réhabilité la plupart des centaines déjà démantelés en 2018. Et plus de 60'000 personnes ont été déplacées en raison des affrontements dans plusieurs régions. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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