Actualisé 04.04.2020 à 06:08

Coronavirus

Les «sympathiques» routiers broient du noir

La limitation des déplacements en raison du Covid-19 frappe de plein fouet les camionneurs polonais qui desservent 30% du marché européen.

Environ 50% des camions des 4000 membres du syndicat des routiers polonais sont à l'arrêt.

Environ 50% des camions des 4000 membres du syndicat des routiers polonais sont à l'arrêt.

AFP

Si la crise due au Covid-19 continue, l'un des secteurs les plus touchés en Pologne sera le transport routier: les camionneurs polonais, seigneurs des routes de l'Europe il y a quelques semaines, broient du noir maintenant.

«Dans notre situation financière actuelle, nous serons en faillite dans deux mois si le gouvernement ne nous aide pas», constate sobrement Stanislaw Lecyk, 56 ans, propriétaire de la société de transport Frigodor (80 salariés, 55 camions frigorifiques).

Sur le parking de son entreprise à Siedlce, à 100 km à l'est de Varsovie, de gros camions restent immobiles, silencieux. La moitié du personnel est en vacances forcées.

«Pour la semaine prochaine, il ne nous reste que 10% des commandes initiales», révèle M. Lecyk. Il a annulé l'immatriculation d'une partie de ses camions pour ne plus avoir à payer l'assurance.

Camions à l'arrêt

Son cas n'a rien d'exceptionnel, confirme à l'AFP le président de l'Association polonaise des transporteurs internationaux, Jan Buczek.

Les routiers polonais ont pris près de 30% du marché européen, et son syndicat compte 4000 entreprises qui emploient quelque 400'000 conducteurs. «Environ 50% de nos camions sont à l'arrêt», dit-il, «c'est confirmé par les compteurs des péages électroniques sur les autoroutes».

Ils sont loin d'être seuls dans ce cas. En France, selon un rapport récent de la Fédération nationale du transport routier (FNTR), 86% des entreprises, hors celles transportant de l'alimentaire, ont leur activité en arrêt total ou partiel. M. Buczek affirme que le «bouclier anticrise» lancé par le gouvernement polonais pour soutenir l'activité économique «est passé à côté des routiers».

Leurs entreprises, dit-il, peuvent toucher une aide ponctuelle de 5.000 zlotys (1.100 euros), «c'est assez pour faire un plein», dit-il en riant amèrement. Effectivement, certains colosses de la route ont des réservoirs de carburant de 900 litres ou plus. Certes, l'assouplissement des règles au niveau européen - sur le temps réglementaire de repos et sur la durée du temps de travail - a aidé, reconnaît-il, mais «certains pays n'appliquent pas ces dispositions».

«Ce dont nous avons besoin, c'est de l'argent: qu'on nous rende la TVA gardée par le fisc et qu'on nous accorde des crédits peu coûteux et garantis par la banque publique BGK», poursuit M. Buczek. Mais il se garde d'un optimisme excessif: «Les banques nous ont inscrits dans le groupe à grand risque».

Les chauffeurs, eux, cherchent à garder leur calme, tout en se demandant de quoi leur avenir sera fait et en constatant qu'ils font un peu peur aux gens qu'ils croisent. «Quand je suis à l'étranger et que je demande une information à quelqu'un, les gens s'écartent, ils me demandent de rester à distance. Parfois j'ai le temps de poser ma question mais parfois ils s'enfuient», raconte Marek Gil, 41 ans, routier depuis 13 ans.

«Pas d'hystérie»

Là encore, c'est un peu mieux que ce qui ressort des récits de ses confrères français. Leurs organisations se sont plaintes que les chauffeurs, souvent dépourvus d'équipements de protection, étaient parfois «ostracisés» dans les entreprises où ils livraient, et étaient confrontés à des sanitaires et douches fermés sur les aires de repos.

«Ca devient très compliqué de garder un minimum d'hygiène, de se nourrir», a raconté à l'AFP un chauffeur routier de 32 ans basé en Haute-Marne. dans l'est de la France. Sans parler de l'accès aux toilettes interdit chez les clients ou à la «machine à café déplacée pour que les chauffeurs n'y aient pas accès».

En Allemagne, la fédération des transporteurs routiers DSLV observe des problèmes similaires. Si les chauffeurs de camion sont ici perçus aussi comme des «héros» de la crise, «il faudrait que cette gratitude dans le public se reflète dans le traitement au quotidien des routiers», a dit à l'AFP le porte-parole de l'organisation.

«Est-ce que j'ai peur?», se demande le chauffeur polonais. «Non, parce qu'il ne faut pas tomber dans l'hystérie. Je dois faire mon travail, j'ai une famille à nourrir. Mais c'est vrai que je suis anxieux», admet M. Gil, qui est père de quatre enfants. (nxp/afp)

(NewsXpress)
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