Guerre en Ukraine – Les services secrets suisses critiqués pour leur manque d’anticipation
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Guerre en UkraineLes services secrets suisses critiqués pour leur manque d’anticipation

Sous la Coupole à Berne, des politiciens affirmeraient que le renseignement suisse n’en «savait pas plus que Google» sur les projets guerriers de la Russie en Ukraine.

Le bâtiment Service de renseignement de la Confédération à Berne.

Le bâtiment Service de renseignement de la Confédération à Berne.

Samuel Schalch/Tages-Anzeiger

Alors que les États-Unis et la Grande-Bretagne ont mis en garde contre la forte probabilité d’une intervention militaire de la Russie en Ukraine plusieurs jours avant le début de la guerre, les autorités suisses ont été prises au dépourvu. Manque d’informations ou danger sous-estimé? La question est posée par l’«Argauer Zeitung» lundi.

Le président de la Confédération Ignazio Cassis relativise, affirmant que la majorité des pays européens ont été surpris par le passage à l’acte de l’armée russe. Il ajoutait dans la «NZZ» vendredi que cette menace était considérée par la majorité des services de renseignements comme étant «en partie de la propagande». Pourtant, le Ministère de la défense britannique avait prévenu publiquement qu’une «invasion sans avertissement» était possible dans un message sur Twitter daté du 17 février, soit une semaine avant le début de l’opération russe.

Dépenses en hausse

Selon l’«Argauer Zeitung», le SRC pensait que si invasion il y avait, l’armée russe se contenterait de la région du Donbass à l’est de l’Ukraine. Le journal alémanique écrit que la phrase répétée ces jours par «beaucoup» de politiciens à Berne est que le «Service de renseignement de la Confédération (SRC) n’en sait pas davantage que Google».

Un des éléments d’étonnement par rapport au contexte actuel est qu’il y a quelques années, le service de renseignements suisse a été autorisé à augmenter ses effectifs de 300 à 400 postes. Entre 2018 et 2021, les emplois à temps plein sont passés de 314 à 375, les dépenses de 82 à 109 millions de francs.

Problème de gestion

L’hypothèse avancée pour expliquer ce flottement est que le SRC se serait focalisé sur la menace terroriste et en a oublié quelque peu la géopolitique internationale. «Je ne sais pas si le SRC n’a pas vu venir l’attaque des Russes ou si les avertissements n’ont pas été transmis. Mais il est certain que ces dernières années, le service s’est beaucoup concentré sur la lutte contre le terrorisme. D’autres domaines ont été négligés, comme la réduction du réseau des attachés de défense, qui avaient toujours des informations directes sur place. Cela se paie aujourd’hui», commente par exemple le conseiller national Beat Flach (Vert’libéraux/AG), qui a siégé à la commission politique de sécurité.

Les renseignements suisses étaient-ils conscients de la menace mais n’ont-ils pas été entendus par la Confédération? Le SRC ne répond à aucune question de ce genre, rappelle l’«Argauer Zeitung». Le quotidien écrit aussi que selon des sources proches des renseignements, des problèmes de gestion et de collaboration entre les services de renseignements et la Confédération sont pointés du doigt depuis longtemps.

(jba)

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