Election américaine: Les sondages peuvent-ils se tromper ?
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Election américaineLes sondages peuvent-ils se tromper ?

A quatre jours de l'élection présidentielle américaine, les enquêtes d'opinion créditent toujours Barack Obama d'une solide avance sur John McCain, laissant penser que la course à la Maison blanche est déjà jouée.

Reste un doute sur la fiabilité des sondages.

Il leur est déjà arrivé, par le passé, d'être pris en défaut. Ainsi, en 1948, les sondeurs avaient prédit la victoire du républicain Thomas Dewey, en tête durant toute la campagne, et n'avaient pas pressenti le sursaut tardif du démocrate Harry Truman, finalement élu à la Maison blanche.

Plus récemment, à l'occasion des primaires démocrates, les sondages avaient donné Obama vainqueur dans le New Hampshire avec une marge de huit points sur Hillary Clinton. Or, la sénatrice de New York l'avait emporté.

Ces exemples parmi d'autres confortent les républicains dans l'idée que rien n'est encore joué cette année. «Tous les signaux indiquent que nous nous dirigeons vers une élection qui pourrait être trop serrée pour désigner un vainqueur d'ici mardi», écrivait le sondeur du clan McCain, Bill McInturff.

Prudence de mise

Et les instituts de sondage, prudents, de rappeler que leurs travaux ne sont pas des projections sur l'issue de l'élection mais des photographies, à l'instant «T», du rapport de force entre les deux candidats. D'autant que, comme ils l'admettent eux-mêmes, les sondages restent un savant mélange de science et de conjecture.

John Zogby, dont le dernier baromètre quotidien Reuters/C- SPAN/Zogby crédite jeudi Obama de sept points d'avance sur McCain, reconnaît une part de «suppositions» dans son travail.

Les instituts de sondage ne se contentent pas d'additionner les résultats de leurs entretiens téléphoniques mais procèdent à un savant exercice de pondération. Les modèles des «électeurs probables» (»likely voters») varient d'un institut à l'autre et les résultats de leurs études peuvent différer tout aussi largement.

Mercredi, le sondage quotidien de Rasmussen Reports créditait Obama d'une avance de trois points sur McCain alors que, la veille, le Pew Research Center accordait 15 points d'avance au candidat démocrate.

Gallup, pour sa part, a publié mercredi deux sondages fondés sur des modèles d'»électeurs potentiels» différents. Son modèle traditionnel donnait deux points d'avance à Obama. Son modèle «élargi», anticipant un taux de participation plus élevé chez les minorités et les jeunes, accordait une avance de sept points au sénateur de l'Illinois.

«Effet Bradley»

Une autre question, largement débattue, est celle du facteur racial, théorisée sous l'appellation «Effet Bradley», du nom de l'ancien candidat noir au poste de gouverneur de Californie Tom Bradley, battu en 1982 alors qu'il était donné vainqueur par les sondages.

Cette théorie veut que les électeurs blancs exagèrent leur soutien à un candidat noir dans les sondages de peur, sinon, d'être qualifiés de racistes. «Ce pourrait être un facteur dans une élection serrée mais ce n'est probablement pas un facteur dans une élection qui semble aussi déséquilibrée que celle-ci», nuance Andrew Kohut, président du Pew Research Center.

Pas atteignables

Les sondeurs se heurtent à d'autres obstacles, plus matériels, comme l'augmentation du nombre de personnes qui refusent de répondre aux enquêtes d'opinion ou la difficulté à joindre celles qui ne possèdent que des téléphones portables.

«Lorsque vous avez un taux de réponse de seulement 15%, les personnes que vous interrogez ne sont pas nécessairement représentatives de la population dans son ensemble», explique Nate Silver, un statisticien qui analyse les sondages pour le site FiveThirtyEight.com.

Malgré tous ces écueils, les sondeurs continuent d'afficher leur foi en leur travail. N'ont-ils pas, au final, donné les résultats quasi exacts de toutes les élections présidentielles américaines depuis 1980 ? (ats)

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