France: Les sondeurs ne prennent plus de risques
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FranceLes sondeurs ne prennent plus de risques

Après l'élection de Donald Trump et le «Brexit», les instituts de sondage sont toujours davantage prudents. Quitte à annoncer trois noms dimanche à 20 heures.

par
Robin Carrel
Paris
En 2002 déjà, les sondeurs n'avaient pas vu venir la 2e place de Jean-Marie Le Pen au premier tour.

En 2002 déjà, les sondeurs n'avaient pas vu venir la 2e place de Jean-Marie Le Pen au premier tour.

Keystone/AP/Christophe ena

S'il y en a qui ont retenu la leçon, ce sont bien les instituts de sondage. Effarouchés par leurs échecs à voir arriver le tremblement de terre Donald Trump et le tsunami de la sortie de la Grande-Bretagne de l'Europe, les sondeurs tentent de pondérer un maximum leurs tentatives de connaître l'opinion du grand public. Du coup, pour l'élection présidentielle de dimanche, ils hésitent entre «rien n'est moins sûr» et le célèbre «too close to call» américain, qui veut dire que les écarts sont encore trop serrés pour se prononcer vraiment.

Dans l'ultime tentative de connaître les envies des Français avant le premier tour de l'élection de dimanche, réalisée pour «France TV» et «Radio France» par «Ipsos-Spora Steria», tard vendredi, Emmanuel Macron (24%) faisait toujours figure de favori pour le premier tour, devant Marine Le Pen (22%), François Fillon (19%) et Jean-Luc Mélenchon (19% également). Derrière, Benoît Hamon (7,5%) et Nicolas Dupont-Aignan (4%) font figure d'aimables viennent-ensuite. «Elabe», pour sa part, donnait sensiblement les mêmes chiffres (24/21,5/20/19,5/7/4).

Trois visages à l'antenne?

Mais dimanche soir à 20 heures sur les grandes chaînes de télévision nationales, à l'heure du verdict officiel, ils risquent d'être nombreux à ne pas oser se prononcer définitivement. D'habitude, deux visages apparaissent, comme toujours, comme le jour il y a 15 ans où toute la France avait été bouleversée par l'apparition du visage de Jean-Marie Le Pen en lieu et place de celui de Lionel Jospin, pour affronter Jacques Chirac. «Les sondages, ça ne veut rien dire, assène Chris, guitariste d'un groupe de rock qui se produisait vendredi soir dans le centre de Paris. On l'a vu récemment.»

Cet homme, du groupe «Chris & Lo», est à tendance anarchiste, mais va tout de même se déplacer dimanche, au vu de ce que les instituts assurent ces derniers jours. Même s'il n'est pas toujours facile de s'afficher comme un représentant des médias devant un citoyen comme lui, il n'hésite pas à étayer son propos. «J'ai travaillé quatre ans dans un institut de sondage et j'espère que les gens assument ce qu'ils vont voter quand on les contacte. Si tu vas mettre un bulletin Le Pen ou je ne sais pas quoi dans l'urne, tu as le droit de le revendiquer. Mais tous n'osent pas et je ne comprends pas», dit celui qui hésite plutôt entre Asselineau et Poutou.

Pour la première fois, les bureaux de vote fermeront à 19 heures et non à 18. Pire, dans les grandes villes, il faut attendre une heure de plus. «Ça nous fait sortir d'un confort pour vérifier nos résultats. Lorsqu'on avait une heure et demie pour travailler, on n'aura que quarante minutes, a indiqué Frédéric Dabi, directeur du pôle opinion de l'Ifop, sur le site de France Info. On jouera, à ce moment-là, la rigueur. On pourrait alors, et par exemple, afficher trois visages à 20 heures». De quoi ajouter encore un peu de suspense à une élection qui n'en manquait déjà pas.

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