Crise: Les spartiates PDG japonais épargnés par la fureur populaire
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CriseLes spartiates PDG japonais épargnés par la fureur populaire

Pendant qu'Américains et Européens se déchaînent contre les grands patrons, leurs jets privés et leurs primes faramineuses, les PDG japonais, austères, contrits et dont certains n'hésitent pas à travailler gratuitement pour combattre la crise, échappent à la colère populaire.

De nombreux patrons japonais (ceux de Toyota, Toshiba, Hitachi, Honda, Mizuho...), prenant acte des lourdes pertes de leur groupe, ont renoncé à leur fauteuil.D'autres - au moins 200, selon un décompte du quotidien Nikkei auprès des seules sociétés cotées en Bourse - ont spontanément amputé leur salaire, parfois de 50%, montrant l'exemple à leur personnel appelé à des sacrifices.Le PDG du fabricant de semiconducteurs Elpida Memory, Yukio Sakamoto, a même renoncé à toute rémunération pendant deux mois, puis a promis de ne toucher que la moitié de son salaire jusqu'à ce que sa société revienne aux bénéfices.Ce comportement de moine-soldat n'est pas un cas isolé.Chez Toyota, quelque 2.200 directeurs se sont engagés à acheter une voiture produite par la firme afin de contribuer au redressement des ventes. Du chef suprême au simple commis, tous les salariés du groupe sont par ailleurs soumis aux mêmes mesures d'économies draconiennes, qui vont jusqu'au contrôle du nombre de crayons utilisés par chacun et au débranchement des essuie-mains électriques dans les WC.Haruka Nishimatsu, PDG de Japan Airlines, première compagnie aérienne d'Asie, gagne moins que ses pilotes, se rend à son travail en autobus et déjeune au self-service avec le petit personnel.Les patrons des groupes industriels japonais dont le chiffre d'affaires annuel dépasse les 500 millions de dollars gagnent, en moyenne, seulement 543.564 dollars (400.200 euros) par an, soit 75% de moins que leurs homologues américains et 55% de moins que les français, selon la firme de ressources humaines Towers Perrin.Au Japon, un PDG gagne 11 fois plus qu'un simple ouvrier, contre 39 fois plus pour un PDG américain et 23 fois plus pour un français, révèle la même étude, réalisée en 2005.La part variable dans la rémunération des PDG est de 22% seulement au Japon (contre 62% aux Etats-Unis et 41% en France), les primes astronomiques, qui exaspèrent l'opinion publique en période de récession, étant pratiquement inconnues dans l'archipel.A défaut de s'en prendre à leur PDG, les Japonais concentrent leur frustration sur les dirigeants politiques, à commencer par l'impopulaire Premier ministre Taro Aso, héritier d'une immense fortune familiale et régulièrement vilipendé pour ses sorties nocturnes dans les bars et restaurants les plus chers de Tokyo.L'ex-ministre des Finances Shoichi Nakagawa, éjecté du gouvernement après s'être présenté apparemment ivre devant ses collègues du G7 à Rome, a été cloué au pilori pour avoir affrété un jet privé à 320.000 euros pour se rendre à cette réunion, afin de gagner deux heures sur le vol régulier.«Par leur comportement idiot jusqu'à la risée, les hommes politiques japonais attirent sur eux la colère qui, ailleurs, s'abat sur les chefs d'entreprise», résume Noriko Hama, économiste à la Doshisha Business School de Kyoto.Mais selon elle, «le mécontentement existe aussi à l'égard des patrons» en raison des plans sociaux massifs dont sont victimes les travailleurs précaires. Selon le gouvernement, au moins 158.000 employés sous contrat temporaire auront été remerciés d'ici le 31 mars, date de la fin de l'année budgétaire.«Les PDG sont critiqués non à cause de leurs primes, mais à cause de la façon dont ils licencient, tout simplement parce que les entreprises japonaises ne se comportaient pas comme ça dans le passé», explique Mme Hama. «Beaucoup de gens trouvent que les patrons sont devenus déloyaux envers les employés.»

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