Actualisé 04.03.2010 à 08:05

Journée des femmesLes stéréotypes font de la résistance sur les places de jeu

Malgré une lutte de longue haleine pour l'égalité des sexes, certains stéréotypes sont indécrottables en Suisse: les parents persistent à offrir des barbies à leurs filles et des camions à leurs fils.

A la veille de la 100e Journée internationale de la femme, l'univers de jeu des fillettes reste résolument rose bonbon, celui des garçons bleu vif. «On va même vers un renforcement de ces stéréotypes», a indiqué à l'ATS Barbara Ruf, du bureau de l'égalité entre la femme et l'homme du canton de Berne.

«Les gens pensent que l'égalité est une chose totalement acquise, même chez les enfants», explique la chercheuse indépendante Anne Dafflon Novelle, spécialiste des questions liées au genre. Les parents ne réalisent pas l'influence des joujoux fortement connotés sur le développement de leur progéniture.

Laisser le libre choix

Face à la demande, les magasins spécialisés continuent à proposer des produits spécialement conçus pour les filles ou les garçons, valorisant des sphères différentes: privée et domestique pour les premières, active pour les seconds. Les jouets dernier cri n'échappent pas à cette tendance, souligne Mme Dafflon Novelle.

Les kits permettant d'imiter les rockstars, apparus en même temps que les émissions de téléréalité musicales, sont par exemple déclinés en deux variantes: le micro pour les filles, la guitare électrique pour les garçons. «Là encore, c'est l'action et la puissance qui sont mises en avant auprès des garçons», poursuit la chercheuse.

Des stéréotypes qui préparent le terrain au sexisme, précise Mme Ruf. Cette dernière se défend néanmoins de vouloir priver les fillettes de leurs poupées: «L'idée est de laisser les enfants choisir le jeu qui leur convient, en fonction de leur personnalité» et non de leur sexe.

Trop peu de sensibilisation

Il est nécessaire de mieux sensibiliser l'entourage, et surtout les parents, à l'importance d'une diversification des jeux. Or trop peu de campagnes d'information abordant la question de l'égalité à l'âge enfant sont organisées, déplore Mme Dafflon Novelle.

Depuis cinq ans, le Bureau de l'égalité bernois met à disposition une brochure distillant des conseils en matière d'achats de jouets. De son côté, l'association lab-elle encourage la littérature enfantine sans clichés sexistes, notamment par l'attribution de prix annuels.

Ces démarches isolées ne font pas le poids face à la dure loi du marché. La division nette entre filles et garçons assure de juteux bénéfices aux magasins de jouets, selon la chercheuse. «Avant, les cadettes héritaient des vélos et autres Legos de leurs aînés; aujourd'hui, les parents achètent une deuxième fois la panoplie complète, en rose à fleurs».

Les grandes enseignes spécialisées proposent d'ailleurs une division de l'espace nette entre les sexes. Chez «King Jouet», de grands panneaux guident les bambins vers le «secteur fille» ou le «secteur garçon», confirme Feuad Kasri, adjoint au gérant de la succursale de Carouge (GE).

Les garçonnets aux fourneaux

Pour éviter que les enfants - et leurs parents - ne cèdent à ces codes dictés par le marketing, Barbara Ruf préconise le test préalable des jouets. «Les ludothèques ont une carte importante à jouer», note-t-elle. Chez «Ali Baba», de nombreuses petites filles viennent emprunter des voitures télécommandées, confirme la responsable de la ludothèque lausannoise Lara Ruberto.

Autre lieu privilégié de gommage des clichés sexistes: les crèches. La plupart de leurs employés ont été sensibilisés à la question des stéréotypes durant leur formation, souligne Mme Dafflon Novelle. Ils tentent par conséquent de véhiculer auprès des enfants un message égalitaire.

«Chez nous, beaucoup de petits garçons jouent à la poupée», estime Géraldine Marcoz, éducatrice à la «Crèche des Minoteries», à Genève. Au «Kindergarten Hardturm», à Zurich, ce sont les cuisinières miniatures qui ont une cote croissante auprès des pensionnaires masculins, selon la propriétaire Maria Fernandez.

«Comme les enfants passent de plus en plus de temps dans les crèches, la situation en matière d'égalité pourrait légèrement s'améliorer dans le futur», se réjouit Mme Ruf. (ats)

100 ans de lutte pour les droits des femmes

La journée internationale des femmes fête cette année ses 100 ans. Son origine remonte à la Deuxième Conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague en 1910.

Selon les historiennes des mouvements féministes, une marxiste allemande, Clara Zetkin, y a lancé l'idée d'instaurer une journée dédiée aux droits des femmes. Une résolution est alors adoptée pour organiser la promotion du droit de vote en particulier. Mais aucune date précise n'est fixée pour l'événement.

Les archives du «Journal de Genève» rapportent que des manifestations ont eu lieu 19 mars 1911 dans toute l'Autriche en faveur du suffrage féminin. Des manifestations furent également organisées en Allemagne, au Danemark et aux Etats-Unis. Les documents attestent d'actions organisées en Suisse alémanique en mars 1911.

A l'origine, la manifestation se déroulait dans le courant du mois de mars, de façon décentralisée. Les femmes communistes fixèrent en 1919 leur journée au 8 mars en souvenir d'une manifestation d'ouvrières russes en 1917 à St-Pétersbourg.

Les femmes ont accomplis depuis de belles conquêtes. Elles ont obtenu le droit de vote en 1918 en Allemagne, en 1944 en France, en 1971 en Suisse. Mais certaines revendications, pour l'égalité des salaires ou pour la décriminalisation de l'avortement notamment, restent toujours d'actualité.

La journée internationale de la femme a été officialisée en 1977 par les Nations unies. Elle est célébrée depuis par des groupes de femmes du monde entier.

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